Groenland 2017: Qaanaaq et le fjord d’Inglefield

Norvège 2017
15 octobre 2017
Norvège : Où ? Quand ? Comment?
18 décembre 2017

 Qaanaaq et le fjord d'Inglefield
Juillet - Août 2017

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Pour notre ultime rando en kayak de mer, nous sommes allés pagayer au Nord-Ouest du Groenland, autour du village de Qaanaaq et du fjord d'Inglefield. Nous sommes ici près du détroit de Narès qui sépare le Groenland de la Terre d'Ellesmere, à des latitudes de plus de 77°N

 

Chaque année, une grande polynie se forme dans le Bassin de Kane (Carte) où viennent respirer phoques, belugas, morses et grandes baleines tandis que des millions d'oiseaux convergent ici en été pour nicher et pêcher. Cette polynie a favorisé l'installation de groupes de chasseurs et de nombreux sites préhistoriques dont les plus anciens remontent à 4000 ans ont été découverts sur les rives du détroit de Narès et dans les îles voisines du fjord d'Inglefield.

Jusqu'au milieu du 20ème siècle, 6 ou 7 villages Inuits étaient installés autour des fjords de la région. Mais à partir des années 50, l'installation de la base aérienne (Voir plus loin), la création d'un aéroport à Qaanaaq en 1991 et le développement des communications ont entraîné un abandon progressif des villages. Aujourd'hui, seuls Siorapaluk et Qeqertaq comptent encore une trentaine d'habitants chacun alors que plus de 600 personnes vivent à Qaanaaq.

Jean-Marc et Philippe dans le fjord d'Inglefield entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin - 22 août 2017

Jean-Marc et Philippe dans le fjord d'Inglefield entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin - 22 août 2017

Thulé, la base militaire et l'accident de 1968

Au cours de l'histoire, le nom de Thulé, introduit il y a plus de 2000 ans par le grec Pythéas, a été utilisé par de nombreux auteurs pour parler de la limite au nord du monde connu, une sorte de bout du monde. Aussi, lorsqu'en 1910 Knud Rasmussen et Peter Freuchen fondent au cap d'York un comptoir d'échange de marchandises avec les Inuits, ils l'ont nommé Comptoir de Thulé car c'était le plus au nord du monde. De même pour la base aérienne dans les années 40.

En 1941, pendant la seconde guerre mondiale, le Danemark, qui exerçait la souveraineté sur le Groenland, autorisa les Etats-Unis à créer une base militaire au Groenland. Le lieu choisi était situé à environ 150km au sud de Qanaq, sur la rive sud du fjord Woltenstolme. Ce sera la base de Thulé.

Régine Christensen plume un eider sur la terrasse de sa maison à Qaanaaq. Les morceaux de narval sèchent au soleil - - 16 juillet 2017

Régine Christensen plume un eider sur la terrasse de sa maison à Qaanaaq. Les morceaux de narval sèchent au soleil - - 16 juillet 2017

10 ans plus tard, en pleine guerre froide avec la Russie, le Danemark autorise l'agrandissement de la base dans le cadre de l'OTAN, sans aucune consultation des populations locales qui n'avaient même pas été informées ! On lira à ce propos le récit de la découverte fortuite de la base par l'explorateur français Jean Malaurie en juin 1951 dans son livre "Les derniers rois de Thulé "(Voir la bibliographie). En mai 1953, le Danemark ordonne le déplacement de la petite communauté Inuit (187 habitants) qui vivait à Dundas à l'endroit prévu pour l'extension de la base. Les Inuits ont été déplacés de force et installés 150km au nord, là où se trouve aujourd'hui le village de Qanaq qui n'existait pas en 1953 et a été construit pour héberger les exilés de Dundas. Cette ville nouvelle a d'abord été appelée Nouvelle Thulé puis Qaanaaq depuis 1973.

 

En juillet 2017, lors de notre séjour à Qaanaaq, nous avons logé dans la maison de Régine Christensen, vieille dame Inuit adorable âgée de 82 ans qui a été déplacée en 1953 alors qu'elle avait 18 ans et en conserve la mémoire plus de 60 ans après.

Le 21 janvier 1968, un bombardier américain B52 s'écrase à proximité de la base de Thulé. Outre les 7 membres de l'équipage, l'appareil transporte 4 bombes à hydrogène lorsqu'un incendie se déclare à l'intérieur de l'avion au-dessus de la baie de Baffin. L'équipage est contraint d'abandonner l'avion sans pouvoir tenter un atterrissage en urgence à Thulé. 6 membres de l'équipage s'éjectent mais le septième se tue en sautant en parachute. L'avion, qui n'est plus piloté, s'écrase dans la baie de North Star, à 12km de la base de Thulé alors que l'obscurité arctique, une température de -30°C et la glace qui recouvre la baie compliquent les secours.

Rue du village de Qaanaaq - 26 août 2017.

Rue du village de Qaanaaq - 26 août 2017.

Qaanaaq et le fjord d'Inglefield - 28 août 2017

Qaanaaq et le fjord d'Inglefield - 28 août 2017

 

Le choc entraîne la détonation des explosifs situés à bord, la rupture et la dispersion des charges nucléaires et une importante contamination radioactive. Une des 4 bombes n'a jamais été repêchée. De nombreux Inuits, réquisitionnés pour participer aux opérations de nettoyage après la catastrophe, ont été affectés par diverses maladies et n'ont reçu qu'une indemnité très tardive.

Aujourd'hui, la base militaire de Thulé est toujours en activité; c'est un élément important de la surveillance des satellites militaires américains ainsi que de l'ensemble des radars chargés de détecter un éventuel tir de missile.

Kayak de mer autour de Qaanaaq 
Infos pratiques

Qaanaaq possède un aéroport avec des liaisons assurées par Air Greenland au départ d'Ilulissat. Les vols ne sont pas quotidiens. Il y a un supermarché et un hôtel cher où l'on peut manger mais pas cuisiner. Il est possible de loger chez un particulier, ce qui est moins cher et plus pratique côté cuisine. Douches possibles à l'hôtel, à la maison communale ou chez le particulier qui vous loge.
Le bureau de la compagnie maritime (RAL) est situé dans le supermarché.
En raison de la latitude, la mer gèle en hiver et la banquise demeure sûre contrairement à la situation observée autour d'Uummannaq depuis 20 ans et d'Upernavik depuis 15 ans. Le traîneau à chiens est encore pratiqué autour du fjord d'Inglefield et on voit beaucoup de chiens en été à Qaanaaq et dans les environs.

Béatrice et Marc dans le fjord d'Inglefield entre les camps C20 et C21 - 22 août 2017- Photo JM Daveau

Béatrice et Marc dans le fjord d'Inglefield entre les camps C20 et C21 - 22 août 2017- Photo JM Daveau

Jean-Marc et Philippe sur le fjord McCormick entre les camps C3 et C4 - 24 juillet 2017

Jean-Marc et Philippe sur le fjord McCormick entre les camps C3 et C4 - 24 juillet 2017

Le marnage est assez important et peut dépasser 3m ce qui complique les accostages et les départs.

De nombreux glaciers se jettent dans la mer mais, à l'inverse de la baie de Melville, il n'y a pas de contact direct entre la calotte glaciaire et la mer. Les icebergs sont donc  assez peu nombreux et moins gigantesques ce qui est favorable à la navigation mais regrettable pour l'esthétique.

Les accostages posent problème et l'on peut longer certaines côtes pendant 10, 15 voire 20km sans pouvoir s'arrêter. De même, la carte montre qu'on peut être amené à effectuer des traversées de 20 ou 25km dans le fjord d'Inglefield ou vers les îles situées à l'ouest.

Il existe de nombreuses randonnées pédestres au départ de certains camps mais le terrain est souvent très caillouteux.

Le glacier Meehan se jette dans le fjord Robertson -

Le glacier Meehan se jette dans le fjord Robertson - 25 juillet 2017.

Le vent peut se lever rapidement et être assez violent. Les précipitations sont parfois abondantes et peuvent générer des coulées de boue comme à Siorapaluk en 2016 où plusieurs maisons ont été endommagées. En août 2017, nous avons, durant plus de 30h, subi des vents forts acccompagnés de pluies diluviennes qui ont crée des torrents de boue autour de nos tentes.

La faune des environs de Qaanaaq est particulière. Tout d'abord, il y a les mergules nains.  Ces petits oiseaux noirs avec la poitrine blanche sont extrêmement nombreux au nord-ouest du Groenland; leur population est estimée à 60 millions d'individus par les ornithologues.

 C'est le plus petit des oiseaux pêcheurs, il se nourrit de crustacés et niche à même le sol, sur des versants caillouteux dominant la mer. Ils volent très vite, le plus souvent en groupe, au ras de l'eau ou le long des falaises et ne se posent jamais ce qui explique la rareté de leurs photos ! Les Inuits les attrapent avec un filet pour se nourrir.

Les narvals sont nombreux dans le fond du fjord d'Inglefield et les fjords affluents, notament le fjord Bowdouin où nous en avons vu beaucoup. Les phoques et les lièvres blancs sont présents partout (jamais ensemble !).

Enfin, nous avons croisé un boeuf musqué dont les intentions à notre égard n'étaient pas très claires !

Groupe de narvals dans le fjord Bowdoin - 25 août 2017

Groupe de narvals dans le fjord Bowdoin - 25 août 2017.

Le carnet de route

14 au 19 juillet - Attente à Qaanaaq

Déballage des caisses et montage des kayaks sur la plage de Qaanaaq - 20 juillet 2017

Déballage des caisses et montage des kayaks sur la plage de Qaanaaq - 20 juillet 2017.

Arrivés à Qaanaaq le 14 juillet, nos caisses de matériel ne sont pas là. Elles sont dans le bateau de la RAL que l'on voit au large de Qaanaaq mais ne peut approcher à cause de la glace qui recouvre encore le fjord. Donc, il faut attendre. D'ailleurs, les habitants de Qaanaaq attendent aussi car les rayons du supermarché sont vides puisque le bateau n'a pas encore pu ravitailler le village. Plus de pain, ni de lait, ni de biscuits, ni de ....rien !
Nous logeons dans la maison de Régine Christensen qui est une vieille dame Inuit très gentille et on attend. Grande rando au-dessus de Qaanaaq jusqu'au glacier, histoire de s'occuper et se dégourdir les jambes.
Le 18 juillet, une équipe de 3 canadiens arrive à Qaanaaq en venant de Grise Fjord au Canada. Ils ont traversé le détroit de Narès malgré l'attaque d'un morse qui a percé le fond d'un de leurs kayaks. Bravo à eux.
Enfin, le 19 juillet, après 5 jours de patience, les caisses sont là.

20 au 24 juilet - De Qaanaaq au fjord Robertson

Après avoir prestement monté les kayaks et chargé le matériel, on quitte Qaanaaq vers l'ouest dans la soirée du 20 juillet pour une courte étape de 7km, histoire de dire qu'on est parti et qu'on dort au camp 1. Poursuite vers l'ouest le lendemain en suivant la côte sous un ciel couvert mais un temps acceptable jusqu'au moment où le kayak de Jean-Marc et Philippe présente tous les signes d'une voie d'eau. Arrêt et camp 2 où on découvre une fente dans la toile. Ils ont dû toucher un rocher tranchant au mauvais endroit, rien de grave. Philippe répare mais la colle doit sécher plusieurs heures donc on reste au C2 en faisant une longue balade au-dessus du camp.

Arrivée au camp C2 - 21 juillet 201è - Photo JM Daveau

Arrivée au camp C2 - 21 juillet 2017 - Photo JM Daveau

Le matin au camp C2. Au fond, l'île Herbert et le détroit de Murchison - 22 juillet 2017

Le matin au camp C2. Au fond, l'île Herbert et le détroit de Murchison - 22 juillet 2017.

 

Départ du C2 le 23 à midi à cause de la marée basse qui nous bloque sur la côte. Après avoir doublé le cap Cleveland, on pénètre dans le fjord McCormick où le vent se lève. C'est un vent d'est qui devrait nous pousser vers le fjord Robertson. Bien évidemment, après notre départ, le vent tourne et nous sommes vent de face. Demi-tour et retour sur la rive sud du fjord McCormick pour un bon camp C3. Le 24 juillet, beau temps sans vent, le fjord McCormick est un véritable lac que l'on traverse facilement avant de pénétrer dans le fjord Robertson où C4 est dressé en face de Siorapaluk. Toute la journée, nous sommes impressionnés par le va-et-vient incessant de milliers de mergules nains.

25 au 29 juillet - Siorapaluk et le fjord Robertson

Beau temps le 25 pour une agréable journée qui nous conduit vers le fond du fjord Robertson. Camp C5 dans un site magnifique avec de l'eau claire à l'entrée du chenal fermant le fjord. Dans la soirée, visite d'une famille de Siorapaluk qui vient nous voir en revenant de ramasser des oeufs d'eiders. Une journée de rando le lendemain pour aller admirer la vue sur le front du glacier Verhoeff. 6Km de marche et 400m de grimpette dans les cailloux au milieu des lièvres blancs jusqu'à un promontoire permettant de dominer le fond du fjord. Superbe malgré le ciel gris. Des milliers de mergules défilent au ras de nos têtes à une vitesse hallucinante. Journée parfaite s'il y avait eu un peu de soleil pour les photos.

Le fjord Robertson et le glacier Meehan vus du camp C5 - 25 juillet 2017

Le fjord Robertson et le glacier Meehan vus du camp C5 - 25 juillet 2017.

 Arrivée au camp C5 sur le fjord Robertson - 25 juillet 2017

Arrivée au camp C5 sur le fjord Robertson - 25 juillet 2017.

La journée suivante nous emmène sur la rive opposée du fjord Robertson pour installer C6 sur le delta de la grosse rivière sortant du glacier Siorarssuaq. Beau camp où l'on arrive à marée haute; les roches sont rouges et la mer aussi devant le delta.
Nouvelle rando le lendemain pour gravir un sommet de 675m qui domine le fjord et le glacier Siorarssuaq. Belles lumières sur le fjord Robertson, retour au camp et diner au soleil face à la mer. Le ciel se couvre rapidement et il pleut toute la nuit. Au matin, il pleut toujours, la mer est basse et elle est loin. Le camp installé au bord d'un large delta humide et boueux n'incite guère à porter les kayaks et le matériel. Dans l'après-midi, la mer remonte et on se motive pour une courte étape sous la pluie jusqu'à Siorapaluk où l'on parvient dans la soirée.

Le camp C6 et le fjord Robertson - 28 juillet 2017

Le camp C6 et le fjord Robertson - 28 juillet 2017.

Le front du glacier Misumassoq surplombe le fjord d'Inglefield - 9 août 2017

Le front du glacier Misumassoq surplombe le fjord d'Inglefield - 9 août 2017.

Accueil sympathique, on nous montre quelques m² d'herbe plate pour camper au milieu du village (C7).

30 juillet au 4 août - Pluie et vent de Siorapaluk à l'île Herbert

Nous sommes dimanche et la cloche de l'église qui appelle les fidèles à la messe nous réveille ! Visite de Siorapaluk, l'église, le cimetière et le supermarché fermé aujourd'hui. Le temps se lève et nous partons traverser le fjord Robertson sous le soleil. Arrêt technique près du cap Kangeq où l'on observe d'innombrables vols de mergules qui partent à la pêche aux crevettes.

Départ de Siorapaluk - 30 juillet 2017 - Photo JM Daveau

Départ de Siorapaluk - 30 juillet 2017 - Photo JM Daveau

Béatrice et Marc pagayent dans le fjord Robertson entre les camps C4 et C5 - 25 juillet 2017 - Photo JM Daveau

Béatrice et Marc pagayent dans le fjord Robertson entre les camps C4 et C5 - 25 juillet 2017 - Photo JM Daveau

 Détroit de Murchison et village abandonné de Qeqertarssuaq dont on voit le cimetière, l'église et l'école - 5 août 2017

Détroit de Murchison et village abandonné de Qeqertarssuaq dont on voit le cimetière, l'église et l'école - 5 août 2017.

 

Retour dans le fjord McCormick et confortable camp 8 sur la rive nord où il pleut toute la nuit. Le matin suivant, les conditions sont mauvaises avec pluie et vent. Attente. Le vent se calme dans l'après-midi. Démontage du camp pour traverser le fjord McCormick. Au moment de partir, un vent assez fort se lève à nouveau et la mer moutonne. Remontage du camp. on verra demain.

Fort vent toute la nuit mais, au matin du 1ér août, le temps est calme, le ciel gris, la mer lisse et on part. Tout va bien pendant 10km puis le vent de face revient peu avant le cap Cleveland. Court arrêt au cap où il est impossible de camper et on repart en suivant la côte nord du détroit de Murchison.

 

Le vent de face nous oblige à pagayer dur pour rejoindre l'emplacement du C9 situé près du C2. Rude journée.

Les mauvaises conditions se prolongent au C9 où nous demeurons 2 jours sans pouvoir traverser le détroit de Murchison à cause du vent.

La mer se calme le 4 août au matin et on s'élance pour franchir les 17km qui nous séparent de l'île Herbert. Après une navigation tranquille, le vent du sud se lève à nouveau alors que l'on approche de l'île. En pagayant comme des boeufs, nous mettons 2h pour parcourir les 4 derniers km. Arrivés fatigués et transis à l'ancien village de Qeqertarssuaq aujourd'hui abandonné.

 

Arrivée à Qeqertarssuaq - 4 août 2017 - Photo JM Daveau

Arrivée à Qeqertarssuaq - 4 août 2017 - Photo JM Daveau

Brash)ice dans le fjord d'Inglefield - 22 août 2017 - Photo JMD

Brash-ice dans le fjord d'Inglefield - 22 août 2017 - Photo Jean-Marc Daveau.

 

Visite du village dont les maisons désertées sont ouvertes, parfois en ruines. De nombreux chiens de traîneaux sont attachés ici. Ils appartiennent à des habitants de Qaanaaq qui viennent les nourrir de temps en temps et les ramèneront au début de l'hiver.

L'église est encore en bon état et l'ancienne école située dans une petite salle derrrière l'autel sert de refuge. Ce sera notre C10. C'est assez émouvant d'être ici, dans la petite école d'un village abandonné dont la vie a disparu et où se trouve encore une bibliothèque, des livres pour enfants, une mappemonde, un tableau noir et de la craie.

Dans la soirée, nous recevons la visite d'une famille Inuit de Qaanaaq venue ici pour nourrir ses chiens et revoir son église et son école.

5 au 12 août - De l'île Herbert à Olrik Fjord

Départ de l'île Herbert sans soleil, mais sans vent, pour franchir les 21km du Hvalsund. La traversée se déroule bien au milieu des mergules en quête de nourriture. Un seul endroit petit et caillouteux pour dresser le C11 sur la rive gauche du glacier Misumassoq. Dans la soirée, 3 Inuits nous rendent visite et nous indiquent qu'il existe une cabane en bon état sur l'autre rive du glacier Misumassoq. Ce sera utile au retour.

Béatrice et Marc sous les falaises du Hvalsund entre les camps C12 et C13 - 8 août 2017 - Photo JM Daveau

Béatrice et Marc sous les falaises du Hvalsund entre les camps C12 et C13 - 8 août 2017 - Photo JM Daveau

Fjord Bowdoin - 24 août 2017 - Photo JM Daveau

Fjord Bowdoin - 24 août 2017 - Photo JM Daveau

 

Départ vers l'ouest le jour suivant sous un ciel couvert. Dans une ambiance froide et brumeuse, on longe les hautes falaises qui forment la côte sud du Hvalsund où tout accostage est impossible durant 20km. Seule la vaste baie située avant le cap Powlett permet d'installer un agréable camp C12. Une longue randonnée permet de visiter le site du glacier Tyndall et de la baie Barden situés au sud du camp. 7h de marche sur une mer de cailloux et sous un ciel désespérément gris-noir pour une vue assez décevante.

Il n'y a plus qu'à revenir vers le glacier Misumassoq en suivant à nouveau les falaises.

 

On trouve facilement la cabane indiquée par les Inuits. Elle est propre avec des bat-flanc et ce sera le C13. Pluie toute la nuit. Le matin, tout est trempé au dehors et rien ne sèche dans la cabane. Le brouillard masque tout le paysage et nous demeurons ici, entre la mer, le glacier et des pentes raides de rochers branlants.

Après cette journée de repos forçé, tout demeure froid et humide sous un ciel sombre. Malgré cela, on part courageusement en suivant la côte vers l'est. On traverse plusieurs glaciers avant de rejoindre le Politiken Brae qui atteint encore la mer dont il est séparé par une énorme moraine frontale. Le front domine une baie communiquant avec la mer par un chenal étroit, siège d'un fort courant de marée. La brume s'est un peu dissipée et nous partons à pied visiter ce site curieux.

Casse-croûte sur une mer de cailloux vers la baie Barden - 7 août 2017 - Photo JM Daveau

Casse-croûte sur une mer de cailloux vers la baie Barden - 7 août 2017 - Photo JM Daveau

Iceberg dans le fjord d'Inglefield - 15 août 2017 - Photo JM Daveau

Iceberg dans le fjord d'Inglefield - 15 août 2017 - Photo JM Daveau

 

Mais au fur et à mesure que l'on avance, la brume descend et nous ne verrons pas le front du Politiken Brae. Poursuivant le long de la côte, on gagne l'entrée de Olrik Fjord et l'ancien campement Inuit de Itivdleq où se trouve une cabane en bois propre et en état, parfaite pour le C14. Philippe et Jean-Marc décident de monter leur tente à côté de la cabane; ils vont bientôt le regretter.

En effet, le vent se lève pendant la nuit, la mer moutonne dès le matin et la traversée en kayak vers Olrik Fjord est remplacée par une randonnée pédestre sur les crêtes situées au sud du camp. Le vent forcit et, parvenus vers 250m d'altitude, on ne tient plus debout. Retour au camp où la tente est mal en point face à un vent catabathique violent.

 

Mal montée et surtout mal orientée, elle est pliée par une rafale qui casse un arceau en 3 morceaux.

Les tentes tunnels, c'est bien connu, ne supportent pas les vents de travers. Tout le monde dormira dans la cabane qui est vraiment bienvenue tandis que la tente est réparée tant bien que mal.

Retour d'un temps calme et départ vers Olrik Fjord au matin du 12 août. Traversée facile du fjord parmi les nombreux phoques qui marsouinnent en troupeau en criant. Arrivée au site de l'ancien campement Inuit de Narssaq où le temps se lève avec le premier rayon de soleil depuis deux semaines.

 

Le front du glacier Hubbard et le fjord d'Inglefield - 22 août 2017.

Le front du glacier Hubbard et le fjord d'Inglefield - 22 août 2017.

13 au 19 août - D'Olrik Fjord à Qeqertaq

Le vent et la pluie se lèvent au cours de la nuit et, dès le matin, une violente tempête s'installe. Vent fort et pluie diluvienne durant toute la journée du 13 août. Philippe et Jean-Marc sont à moitié écrasés dans une tente réparée et je crains que l'on se retrouve à 4 dans la nôtre. Les kayaks sont devenus inaccessibles car les petits ruisseaux situés à proximité se sont changés en fleuves de boue. Dîner chaud dans la tente pour conserver le moral.

 

Au cours de la nuit suivante, les choses ne s'arrangent pas. Nos amis sont prêts à affaler ce qui demeure de leur tente et je redoute d'être sans aucun abri sous des trombes d'eau. Nous sortons plusieurs fois pendant la nuit pour observer l'avancement des rivières vers la tente. Elle est très bien placée et semble sûre mais le rideau d'eau qui tombe est impressionnant. Le temps ne se calme que vers midi après 36h de déluge. Le niveau des rivières baisse rapidement dans l'après-midi mais la forme de la côte a été modifiée par la tempête car les rivières en crue ont emporté le sable qui formait la plage de Narssaq. Notre tente a très bien résisté, elle est parfaitement sèche et on se prépare pour un départ vers l'extrémité du fjord d'Inglefield.

Fjord d'Inglefield entre les camps C15 et C16 - 15 août 2017 - Photo JM Daveau

Fjord d'Inglefield entre les camps C15 et C16 - 15 août 2017 - Photo JM Daveau

Kayak dans le fjord d'Inglefield. Au fond, le glacier Heilprin - 18 août 2017

Kayak dans le fjord d'Inglefield. Au fond, le glacier Heilprin - 18 août 2017

Kayak dans le brash entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin - 22 août 2017

Philippe et Jean-Marc naviguent dans le brash-ice entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin - 22 août 2017

Très beau temps après ces 2 jours de tempête, départ vers l'est et le fond du fjord. Après une pause technique à Tikeraussaq à 10km suivie d'un arrêt pique-nique sous le soleil à 18km, on rejoint le glacier Huribut à 25km où se trouve une petite cabane en bois. Il fait beau, sans vent, la mer est calme et on décide de poursuivre pendant quelques km. Mais au-delà du glacier Huribut, la côte n'est plus qu'une succession ininterrompue de hautes falaises et de blocs de rochers pendant plus de 25km. Ce n'est que vers 11h du soir, parvenus à l'ancien campement Inuit de Kangerdlussuaq, que l'on peut enfin accoster après 52km de pagayage. Malgré tout, la fin de l'étape est très belle avec icebergs, nombreux oiseaux, phoques et soleil de minuit. Il y a ici 2 petites cabanes où nous installons le camp C16.

Le glacier Farquhar se jette dans le fjord d'Inglefield - 18 août 2017

Le glacier Farquhar se jette dans le fjord d'Inglefield - 18 août 2017

Béatrice navigue dans le fjord d'Inglefield - Au fond, le glacier Heilprin - 18 août 2017

Béatrice navigue dans le fjord d'Inglefield - Au fond, le glacier Heilprin - 18 août 2017.

Le 16 août, le beau temps se maintient mais le vent se lève et éteint nos faibles envies de départ après les fatigues de la veille !

Le jour suivant doit nous conduire aux îles Harward d'où l'on gagnera le front du glacier Heilprin et le village de Qeqertaq. Agréable pagayage sous le soleil jusqu'à Academy Bay d'où l'on rejoint l'entrée ouest du détroit qui sépare les deux îles Harward parmi les nombreux phoques qui marsouinent. Dans le détroit, un fort vent thermique d'est se lève brutalement et nous empêche de sortir vers l'est. C17 sur l'île sud de Harward.
Courte traversée le matin suivant pour gagner la baie à l'est de l'île nord où le C18 est installé sous le soleil avant une longue randonnée à pied au nord-est de l'île. Superbe vue sur le front du glacier Heilprin.

Au nord, le glacier Tracy n'est plus visible tandis que le glacier Farquhar atteint encore la mer. Enfin, le 19 août, nous effectuons le tour  en kayak de l'île nord de Harward par l'est. Magnifique passage au milieu des icebergs provenant du glacier Heilprin qui a peu reculé. La journée s'achève dans les faubourgs du village de Qeqertaq où le camp C19 est monté.

20 au 26 août - De Qeqertaq à Qaanaaq

Le village de Qeqertaq et le fjord d'Inglefield

Le village de Qeqertaq et le fjord d'Inglefield - 20 août 2017.

Le front du glacier Hubbard sous le soleil de minuit - 21 août 2017

Le front du glacier Hubbard sous le soleil de minuit - 21 août 2017

Le temps demeure beau et la journée est consacrée à la visite de Qeqertaq. Ancien campement Inuit, Qeqertaq est aujourd'hui un village de 30 habitants avec quelques enfants, une douzaine de maisons et beaucoup de chiens comme partout autour du fjord d'Inglefield. L'eau courante n'est évidemment pas installée à cause du gel et l'électricité est fournie par des groupes électrogènes individuels. Il y a une antenne pour le téléphone et une petite école pour les jeunes enfants, les autres vont à Qaanaaq, à plus de 60km. Les habitants nous saluent et nous voyons des gens qui sont nés ici et y ont toujours vécu. Qeqertaq est un village du bout du monde comme il n'en existe sans doute plus beaucoup.

Le 21 août, le temps demeure beau pour la longue traversée de près de 30km qui va nous conduire à Quinissut, sur la rive gauche du glacier Hubbard. Une cabane en bon état sera notre camp C20. Dans la soirée, belle randonnée sur la moraine du glacier sous les lumières du soleil de minuit encore visible. Le lendemain, entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin, des conditions parfaites et un paysage magnifique nous ont offert la plus belle journée du voyage. Le ciel bleu, le brash, les icebergs, les roches ocres formant la côte, le front du glacier Hubbard, tout y était. En fin de journée, on traverse le fjord Bowdoin pour rejoindre le C21 dans la grande cabane de Kangerdluarssuk, propre, avec des matelas, ce qui est un luxe inhabituel. Cette cabane particulière a été érigée en 1978 à la mémoire d'un groupe d'enfants Inuits morts dans un accident d'avion 2 ans auparavant. Elle accueille régulièrement des enfants de Qaanaaq.

Rive nord du fjord d'Inglefield - 22 août 2017 - Photo JM Daveau

Rive nord du fjord d'Inglefield - 22 août 2017 - Photo JM Daveau

Dans le fjord d'Inglefield entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin - 22 août 2017

Dans le fjord d'Inglefield entre le glacier Hubbard et le fjord Bowdoin - 22 août 2017

Les grandes falaises ocres de la rive nord du fjord d'Inglefield - 22 août 2017

Les grandes falaises ocres de la rive nord du fjord d'Inglefield - 22 août 2017

Philippe et Jean-Marc dans la brume et le brash sur le fjord Bowdoin - 24 août 2017

Philippe et Jean-Marc dans la brume et le brash sur le fjord Bowdoin - 24 août 2017

Visite complète du superbe fjord Bowdoin le 23 août. Les tentes du C22 sont montées au fond du fjord avant une balade le long de la rive gauche du glacier Bowdoin. Au retour, un boeuf musqué crée quelques émotions en courant vers nous; on s'abrite dans une barre rocheuse et il s'éloigne. La pluie débute en soirée et se poursuit toute la nuit. Au matin, le brouillard recouvre le paysage et le fond du fjord est rempli de glace de sorte que nous avons du mal à partir. Cependant, après une courte navigation dans le brash, la glace est entraînée par la marée et la sortie du fjord devient libre. Peu après, un vent du sud se lève ce qui nous vaut une arrivée glacée à la cabane du C21 où nous dressons notre dernier camp, ce sera C23.

Nous sommes installés dans un très beau site dominant le fjord Bowdoin et décidons d'y passer une ultime journée avant le retour à Qaanaaq. En fin de matinée, de nombreux groupes de narvals remontent le fjord Bowdoin et passent devant nous avant de redescendre le fjord par la suite. Dans la soirée, un groupe d'une douzaine d'Inuits, avec des enfants et des femmes, arrive en bateau. Ils viennent chasser le narval et partent vers le fond du fjord. On se serre dans la cabane, ils reviennent vers 1h du matin et s'installent discrètement.

Le 26 août est notre dernier jour de navigation. Après avoir salué nos amis Inuits, c'est le départ pour Qaanaaq distant de 22km. Tout va bien jusqu'à la mi-parcours où le vent se lève.

Le fond du fjord Bowdoin - 25 août 2017

Le fond du fjord Bowdoin - 25 août 2017.

Le fond du fjord Bowdoin - 25 août 2017

Le fond du fjord Bowdoin - 25 août 2017.

Le fond du fjord Bowdoin - 25 août 2017

Le fond du fjord Bowdoin - 25 août 2017

Par chance, il est dans le bon sens. Clapot, pluie, neige, froid pendant plus de 2h à la base de hautes falaises où il est impossible de s'arrêter. Grande ambiance glacée et arrivée à Qaanaaq sous une forte pluie.

Les trois journées suivantes se passent à Qaanaaq où nous retrouvons la maison de Régine Christensen. Démontage, emballage et expédition des kayaks et du matériel. Le bateau de la RAL quittera Qaanaaq dans quelques jours et nous prenons l'avion de retour le 30 août.

Dans le fjord Bowdoin - 25 août 2017.

Dans le fjord Bowdoin - 25 août 2017.

Bibliographie

Jean Malaurie - Les Derniers rois de Thulé - Récit des explorations de Malaurie en Terre d'Inglefield à la fin des années 40 et au début des années 50. On lira en particulier les détails de l'évacuation des Inuits de Dundas en 1953. Editions Plon, 1ère édition de 1955.

Jean Malaurie - Ultima Thulé - Livre illustré de très nombreuses photographies, croquis et dessins et qui fait une synthèse des explorations arctiques avec leurs drames et leurs succès. Un livre passionnant pour tous ceux qui s’intéressent au Groenland. Editions Bordas, 1990.

Marc Breuil, Jean-Marc Daveau, Béatrice de Voogd et Philippe Gillieron ont effectué ce voyage en kayak du 14 juillet au 30 août 2017.