Norvège : Où ? Quand ? Comment?

Groenland 2017: Qaanaaq et le fjord d’Inglefield
15 décembre 2017
Norvège 2010-2016
19 décembre 2017

Ski nordique en Norvège
 Où ? Quand ? Comment ?


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Un retour aux sources du ski

Le ski existe depuis des millénaires en Scandinavie, introduit par des nomades lapons éleveurs de rennes pour se déplacer sur les vastes étendues enneigées d'Europe du Nord. Des gravures très anciennes, le célèbre ski de Hoting datant de 4500 ans et de nombreux faits historiques en témoignent.

Au cours du 19ème siècle, c'est en Norvège que le ski connaît des perfectionnements importants et un développement rapide. Vers 1850, le Norvégien Sondre Norheim invente les premières fixations rigides, puis le style Télémark, technique de base du ski avec fléchissement de la jambe intérieure permettant de tourner. En 1867 le premier concours de ski de la ville de Christiania, l'actuelle Oslo, est créé. Il devient rapidement une manifestation réputée et l'ancêtre de toutes les compétitions modernes. A cette époque, les premières industries du ski apparaissent en Norvège et, dès 1878, elles présentent leurs derniers modèles à l'exposition universelle de Paris. Dix ans plus tard, Nansen, un autre Norvégien, effectue en 40 jours la traversée du Groenland qui constitue le premier grand raid à skis de l'histoire. Cette expédition a un retentissement considérable dans toute l'Europe et contribue beaucoup au développement du ski à la fin du 19ème siècle, principalement avec les Anglais dans les montagnes suisses. A cette époque, des milliers de Norvégiens skient déjà depuis un demi-siècle.

Skier en Norvège constitue donc un retour aux sources du ski, un ski de grands espaces, de traversées et de liberté, un ski de lumière et de solitude, un ski tranquille, sans contraintes, un ski de joie et de bonheur.

Nansen et ses compagnons lors de la première traversée du Groenland en 1888. Gravure d'après photo.

Nansen et ses compagnons lors de la première traversée du Groenland en 1888. Gravure d'après photo.

La Norvège

La Norvège est un pays montagneux comptant seulement 5 millions d'habitants et offrant des possibilités illimitées pour la randonnée à skis nordiques. Les nombreux et confortables refuges qui jalonnent l'immense plateau du Hardangervidda, le Skarvheimen, le Rondane, le Jotunheimen, le Sylane et bien d'autres massifs, permettent d'effectuer d'innombrables traversées magnifiques dans des conditions parfaites. Tous les services utiles à un randonneur (hébergement, nourriture, transport, argent etc...) fonctionnent parfaitement mais la nourriture et l'hébergement sont chers, surtout dans les villes. La Norvège est très propice à la pratique des sports de pleine nature: toutes les formes de ski et de randonnée bien sûr, mais aussi l'alpinisme, l'escalade, le vélo, le kayak de rivière ou de mer, la voile etc... En bref, un magnifique pays !

Entre Bygdin et Haugseter dans le Valdres - 17 Février 2018.

Entre Bygdin et Haugseter dans le Valdres - 17 Février 2018.

Accès et transports

Ils sont simples et rapides. Plusieurs liaisons aériennes quotidiennes permettent de gagner facilement les principales villes norvégiennes depuis la France. Oslo est le meilleur point d'entrée pour la plupart des itinéraires du sud de la Norvège mais on peut aussi arriver à Trondheim, Bergen ou Stavanger.

Un dense réseau de bus couvre toute la Norvège. Les lignes de train Oslo-Bergen et Oslo-Trondheim sont également intéressantes pour les skieurs l'hiver et les randonneurs l'été. Le site       http://www.vy.no/en    fournit tous les renseignements concernant les bus et les trains (trajets, horaires) qui sont très fiables. Les correspondances sont parfaitement assurées, le bus de 9h12 part à 9h12 et l'arrivée prévue à 13h 26 a lieu à 13h26 !

Le site   www.en-tur.no  consultable en anglais, fournit toutes les informations sur toutes les liaisons entre toutes les villes et tous les villages norvégiens, en bus, en train, en bateau ou même à pied !

Le quai de la gare de Finse - 17 avril 2010

Le quai de la gare de Finse - 17 avril 2010

Le train Oslo-Bergen traverse tout le plateau du Hardangervidda et s'arrête dans plusieurs gares qui sont autant d'endroits parfaits pour démarrer ou terminer un raid. La gare de Finse en  particulier, située à 1220m d'altitude, au pied de la calotte glaciaire du Hardangerjøkulen, inaccessible en voiture car il n'y a pas de route, permet de chausser les skis au pied des wagons. Le refuge DNT gardé de Finsehytta (voir ci-après) est situé à 10 minutes de cette célèbre gare et permet de débuter ou terminer un raid plus rapidement que dans les Alpes ! La ligne Oslo-Trondheim dessert la région de Lillehammer, le Rondane et le Dovrefjell.

Tourisme et histoire

Si l'on dispose d'une journée à Oslo, il est conseillé de prendre le petit bateau qui part devant l'Hôtel de Ville et rejoint en un quart d'heure la péninsule de Bygdøy. Là, vous pourrez admirer les trois mythiques bateaux norvégiens : Le «Fram», la «Gjoa» et le «Kon Tiki».

Le «Fram» est le bateau de Nansen qui a dérivé pendant 3 ans dans l'Océan Arctique entre 1892 et 1896. Lire sur ce site le récit de la dérive du Fram. Commandé par Otto Sverdrup, il part ensuite explorer les îles du nord du Canada de 1898 à 1902 avant de conduire en Antarctique l'expédition d'Amundsen qui réussit la conquête du Pôle Sud en1911. La «Gjoa» est le bateau d'Amundsen qui effectua le premier franchissement du Passage du Nord-Ouest en 1905.

Le Fram pris dans les glaces, Mars 1895.

Le Fram pris dans les glaces - Mars 1895

Le Kon Tiki exposé au Musée d'Oslo avec le Fram et la Gjoa.

Le Kon Tiki exposé au Musée d'Oslo avec le Fram et la Gjoa.

Quant au Kon-Tiki, c'est le radeau en bois de balsa construit par Thor Heyerdahl qui permit à celui-ci de gagner la Polynésie en partant des côtes chiliennes en 1947.

Et après les bateaux, un retour au ski. Prenez le métro pour Holmenkollen et allez visiter le célèbre tremplin de saut. Au sommet, posez-vous la question: est-ce que j'oserai sauter ? Pour nous, la réponse est « non, jamais ». Allez-y, vous comprendrez pourquoi ! Sachez cependant que tous les hivers, des dizaines de milliers de norvégiens viennent ici pour regarder les sauts à skis les plus spectaculaires du monde.

L'époque

La bonne époque pour effectuer un raid à skis dans le sud de la Norvège s'étend de la mi-février à la mi-mai, voire fin mai dans les grands massifs autour du Jotunheimen. Cependant, toutes les montagnes norvégiennes sont très fréquentées durant les vacances de Pâques qui, ici, commencent toujours le vendredi des Rameaux pour s'achever le lundi de Pâques. Tous les refuges sont alors complets et il est très vivement conseillé d'éviter cette période et de choisir, selon la date de Pâques, soit un raid précoce en février ou au début de mars, soit un raid plus tardif en avril. En dehors de cette courte période de 11 jours, on ne rencontre que quelques randonneurs de ci, de là et il est assez courant de skier une semaine sans voir personne. L'enneigement est excellent dès 500m d'altitude en février, 600m en mars, 7 ou 800m en avril et 900 ou 1000m en mai.

En descendant Valadalen vers le lac de Bygdin - 1ér Mars 2018

En descendant Valadalen vers le lac de Bygdin - 1ér Mars 2018

Le temps est convenable en mars avec du soleil ou un ciel nuageux permettant le plus souvent de se déplacer sans difficulté; il s'améliore au début du printemps et devient assez beau en avril et mai. Le vent peut survenir à tout moment. Quant aux températures, elles peuvent descendre au-dessous -20° au coeur de l'hiver mais s'élèvent rapidement au printemps pour se situer autour de 0° en avril.

Renseignements pratiques

Une randonnée en Norvège débute par une visite de www.dnt.no/english qui est le site en anglais du Den Norske Turistforening (DNT), équivalent norvégien des Clubs Alpins. Le DNT assure la gestion de tous les refuges norvégiens, y compris ceux appartenant à d'autres associations (550 refuges à travers le pays et 350.000 membres). Il fournit des renseignements complets et actualisés sur les refuges, des informations claires sur les balisages, édite d'excellentes cartes, organise des randonnées etc... Bref, impossible d'ignorer le DNT quand on voyage à travers les montagnes norvégiennes.

Les refuges

En Norvège comme ailleurs, il existe deux catégories de refuges: les «staffed huts», gardés et les «unstaffed huts», non gardés. Les refuges gardés sont de très confortables hôtels d'altitude de 50 à 100 places situés en pleine montagne.

Le refuge de Geiterygghytta dans le Skarvheimen. 18 avril 2010.

Le refuge de Geiterygghytta dans le Skarvheimen - 18 avril 2010.

On peut y prendre le dîner, le copieux petit déjeuner scandinave et emporter des vivres de course et des boissons chaudes pour la journée. Les périodes de gardiennage varient d'un refuge à l'autre mais la plupart sont gardés pendant les vacances de Pâques. Le DNT publie une liste de tous les refuges avec leurs caractéristiques, taille, photo, coordonnées GPS, périodes de gardiennage, accès etc... En l'absence des gardiens, certains refuges sont fermés, d'autres conservent une partie ouverte, bien aménagée, avec ou sans provisions. Là encore, le DNT vous expliquera tout.

Le refuge de Bjordalsbu dans le Skarvheimen. 21 avril 2010.

Le refuge de Bjordalsbu dans le Skarvheimen - 21 avril 2010.

 

Une grande partie du charme d'un raid à skis en Norvège réside dans les refuges non gardés. Après une traversée à skis de 30km, arriver en fin de journée dans une de ces petites cabanes en bois de 10 à 20 places, située en pleine nature, esthétique, avec son parquet ciré, ses rideaux rouges aux fenêtres, ses couettes bleues dans les chambres, la réserve de bois sec qui vous attend à côté du poêle, le réchaud à gaz, la vaisselle impeccable, la grande table en bois près de la petite bibliothèque et la réserve de nourriture à disposition, constitue un moment de pur bonheur.

Même les toilettes situées le plus souvent dans un local séparé du refuge, sont propres et confortables. Ces refuges merveilleux que l'on ne rencontre nulle part ailleurs dans le monde, justifient à eux seuls le voyage en Norvège. Ils sont de deux types: les «self-service cabins» (Selvbetjent en norvégien) et les «no-service cabins» (Ubetjent) dont la seule différence tient au fait que les «no-service» ne contiennent pas de nourriture alors que les «self-service» sont munis d'abondantes provisions. D'une manière générale, la grande majorité des refuges du sud de la Norvège sont des self-service. Bien évidemment, le DNT fournit les listes exactes et actualisées.

Le refuge de Slettningsbu dans le Skarvheimen. 22 avril 2010.

Le refuge de Slettningsbu dans le Skarvheimen - 22 avril 2010.

Le refuge de Glitterheim dans le Jotunheimen - 27 avril 2010.

Le refuge de Glitterheim dans le Jotunheimen - 27 avril 2010.

Les refuges appartenant au DNT sont généralement fermés. Une clef unique, la clef DNT, les ouvre tous. L'adhésion au DNT, indispensable pour retirer la clef, peut se faire à Oslo ou sur Internet. Dans ce cas, après versement d'une caution, le DNT vous envoie la clef par la poste. La nuitée coûte environ 28€ dans les refuges non gardés, elle inclue la fourniture du bois et du gaz. Les prix des provisions sont indiqués et sont très raisonnables. Il faut remplir un imprimé précisant les quantités consommées et payer la somme correspondante. Le paiement peut se faire en carte Visa acceptée partout.

Immense honte à celles ou ceux qui oublieraient cette petite formalité !!

Ce système de refuge self-service unique au monde, rendu possible par le sens civique très élevé des Scandinaves, est malheureusement inapplicable chez nous (et ailleurs !). Il permet de randonner pendant des semaines en pleine nature avec un sac réduit à l'essentiel.

Les cartes

Les cartes norvégiennes de randonnée au 1/50.000ème ou au 1/100.000ème sont de bonne qualité. Tous les refuges  et les itinéraires balisés y figurent. La carte au 1/100.000ème est souvent suffisante pour randonner.
Ces cartes sont en vente sur le site spécialisé du DNT: http://www.dntbutikken.no


Le balisage

Le refuge de Tuva sur le Hardangervidda. 24 avril 2016.

Le refuge de Tuva sur le Hardangervidda - 24 avril 2016.

De très nombreux itinéraires sont balisés en hiver suivant le système norvégien, constitué par des branches de bouleaux plantées dans la neige à des distances rapprochées. Très visible même en cas de brouillard, ce balisage ne dénature pas le paysage et il doit être refait chaque année car les branches plantées dans la neige disparaissent avec elle au printemps. Ainsi, tous les hivers, 7000km d'itinéraires sont piquetés avec de nouvelles branches ! Le DNT publie chaque année sur Internet la carte précise de tous les parcours balisés avec les distances correspondantes et les dates des balisages. Il demeure en place après Pâques mais, dans le cas d'un raid en début de saison, fin février ou début mars, il est possible que les petites branches de bouleaux ne soient pas encore installées.

Cependant, compte tenu de la qualité des cartes, il est assez facile de randonner en dehors des itinéraires balisés si la visibilité est correcte. Ce balisage est très bien tracé et évite les divers obstacles tels que corniches de neige, trous dans la neige, rochers, petits escarpements, trous d'eau dans les fonds de vallons etc... On a donc tout intérêt à le suivre.

Sur certains lacs gelés, en particulier ceux dont le niveau est variable en raison de pompages, on peut rencontrer un balisage constitué de piquets et de clôtures de couleur rouge délimitant une zone dangereuse à cause de la fragilité de la glace. Ce balisage rouge se rencontre aussi à proximité de certaines rivières ou torrents. Il ne faut jamais franchir ces balises rouges et pénétrer à l'intérieur des zones ainsi clôturées.

Les balises conduisent au refuge de Taumevatn dans le Setesdal. 30 mars 2016.

      Les balises conduisent au refuge de Taumevatn dans le Setesdal                     30 mars 2016

Entre les refuges de Storkvelvbu et de Storholiseter dans le Huldreheimen - 22 février 2018.

Entre les refuges de Storkvelvbu et de Storholiseter dans le Huldreheimen - 22 février 2018

Le matériel

Vêtements individuels classiques de montagne hivernale. Chaussures de randonnée nordique chaudes adaptées aux fixations choisies. Guêtres, skis de randonnée nordique avec carres et semelles à écailles. Peaux autocollantes adaptées à la largeur des skis lorsque la pente devient trop forte pour les écailles, ce qui est assez rare. Sac à viande obligatoire pour les refuges. Cartes et instruments de navigation. Clef DNT. Carte de membre du DNT et carte bancaire pour les refuges gardés.

Engagement et difficulté

La Norvège est un paradis pour le ski nordique mais on y trouve aussi des massifs de caractère très alpin, avec des pentes raides, des dénivelées importantes, des glaciers crevassés et des avalanches. Le ski de randonnée dans ces massifs est pratiqué avec le même matériel, les mêmes techniques et les mêmes risques que dans les Alpes (voir par exemple le récit de la traversée à skis des Alpes de Lyngen).
Les itinéraires à skis nordiques norvégiens ne présentent généralement pas de difficultés techniques. Le risque d'avalanche, inexistant dans le Hardangervidda, le Huldreheimen ou le Setesdal demeure très faible dans le Skarvheimen. Par contre, les parcours à travers le Jotunheimen sont plus exposés.

Dans la Vetladalen - 27 Avril 2017.

Dans la Vetladalen - 27 Avril 2017.

 

Entre les refuges de Tyssevassbu et de Torehytta - 12 avril 2016

Entre les refuges de Tyssevassbu et de Torehytta - 12 avril 2016

 

Il ne faut cependant pas sous-estimer l'engagement de ces randonnées, surtout à travers l'immense plateau du Hardangervidda. Ici, on peut parcourir 40 ou 50km sans rencontrer le moindre abri. Les refuges du DNT sont éloignés les uns des autres de 25 ou 30km. Il n'y a pas de réseau téléphonique sur le Hardangervidda et les refuges ne sont pas équipés d'une radio. Il y a très peu de points de repères dans le paysage et le mauvais temps peut survenir rapidement. Le GPS indique la position sur la carte, la distance au refuge, le cap à suivre pour y parvenir mais, dans le brouillard, il n'a jamais empêché personne de sauter un escarpement de 4 ou 5m de hauteur, nous en avons fait l'expérience !

 

 

Une mauvaise chute ou un incident mécanique peuvent survenir à tout moment et, dans la tempête, un skieur sans aucun abri ne passera pas la nuit. Il convient donc, même sur un itinéraire facile, de ne pas voyager trop léger. Pour ces raisons, tous les Norvégiens emmènent un matelas isolant et une solide pelle pour creuser un abri en cas de nécessité. Une tente légère peut aussi être une solution à ces problèmes. Ce sont là de sages précautions.

Entre les refuges de Fehytta et de Storkvelvbu dans le Huldreheimen - 3 mars 2019.

Entre les refuges de Fehytta et Storkvelvbu dans le Huldreheimen   3mars 2019

A propos des secours

En Norvège, les secours sont modernes, efficaces et entièrement gratuits. Nous en avons fait l'expérience lors d'un incident survenu sur le Hardangervidda en 2013. Blessé à la suite d'une mauvaise chute, Marc n'a pu poursuivre la traversée à skis et a rejoint difficilement le refuge de Litlos pour y passer la nuit. Le lendemain, suivant les indications de Norvégiens rencontrés sur place, Béatrice a gagné le sommet d'une petite colline d'où elle a pu appeler les secours. Un hélicoptère est arrivé rapidement avec un médecin et une infirmière. Nous n'avons rien déboursé. Mais, on le répète, les itinéraires norvégiens sont souvent très isolés et le téléphone ne passe pas partout, loin de là. Et n'oubliez pas que l'hélicoptère ne viendra pas si la visibilité est insuffisante. Alors, un peu de prudence !