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Ascension du McKinley et ski sur le Glacier de Ruth
Mai 1988
Le McKinley tire son nom de William McKinley, 25ème président des États-Unis de 1893 à son assassinat en 1897. En 2015, il a été renommé Denali.
Notre voyage en Alaska s'est déroulé en 1988. Depuis cette époque, le changement climatique, la forte croissance de la fréquentation et les nouvelles technologies ont entraîné des modifications importantes des températures et de l'état des glaciers, mais aussi des accès, des transports et des règles administratives. Certains éléments du récit qui suit ne sont donc plus valables en 2025.
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La chaîne d'Alaska et le massif du McKinley
Situé dans le sud de l'Alaska, vers 63° de latitude, le point culminant de l'Amérique du Nord (6194m) forme avec les sommets qui l'entourent, un des plus bel ensemble montagneux de la planète.
Tout le sud de l'Alaska est traversé par une grande chaîne montagneuse longue de 900km mais large de 50km seulement, qui prolonge les montagnes des îles Aléoutiennes depuis le Pacifique jusqu'à la frontière canadienne. Situé au centre de la chaîne d'Alaska, le massif du McKinley présente plusieurs particularités.
Tout d'abord, il s'élève d'un seul jet à plus de 6000m d'altitude au-dessus d'un plateau couvert de forêts qui ne dépasse pas 300m au sud et 500m au nord. Cette colossale muraille correspond à la faille de Denali, importante fracture de l'écorce terrestre, visible aussi bien sur les photos aériennes que sur le terrain. Le McKinley domine donc le plateau central d'Alaska de 5000m. C'est ainsi que la face nord du McKinley, le célèbre Wickersham Wall, plonge directement depuis le North Peak (5934m) jusqu'au glacier de Peters (1600m) suivant une pente de 45° qui constitue, avec ses 4300m de dénivelée, la plus haute face montagneuse du monde.
A l'image du McKinley, de nombreux sommets de la région possèdent d'immenses faces glaciaires ou rocheuses dépassant souvent 1500m pour atteindre 2000m au Mont Hunter et plus de 3000m au Mont Foraker.
Le massif est très compact et infranchissable du sud au nord (ou l'inverse) sur une longueur de 160km entre Mystic Pass à l'ouest et Anderson Pass à l'est Il forme une barrière climatique séparant le sud de l'Alaska assez humide du centre plus sec et beaucoup plus froid.
Ainsi, le versant sud du massif, situé à 350km seulement du Pacifique reçoit trois fois plus de précipitations que le versant nord ce qui explique la situation des glaciers de la région, beaucoup plus importants versant sud que versant nord.
Le McKinley est la seule montagne au monde dépassant à la fois 6000md'altitude et 60° de latitude. Cette situation crée un climat très sévère toute l'année sous l'effet simultané de vents violents pouvant atteindre 160km/h et de températures capables de descendre au-dessous de -40° en été et de -60° en hiver.
De plus, si la pression atmosphérique diminue avec l'altitude au McKinley comme partout dans le monde, elle diminue aussi de manière non négligeable avec la latitude. Ainsi, au McKinley, à 6200m et 63°, la pression est équivalente à celle observée aux latitudes himalayennes vers 6800/7000m.
Le McKinley est ue des montagnes les plus rudes du monde dont l'ascension est jalonnée par les nombreuses tragédies qui se sont déroulées sur son plateau sommital lors de tempêtes pouvant survenir rapidement à n'importe quelle époque de l'année.
Les premières ascensions du McKinley
Pour des raisons historiques et géographiques, la chaîne d'Alaska est demeurée totalement inexplorée durant tout le 19ème siècle. Si, en 1900, on connaissait bien les voies d'accès au K2, à l'Everest ou au Kilimandjaro, personne ne savait comment approcher du McKinley
Le McKinley est formé de deux sommets : le pic Nord (5934m) et le pic Sud (6194m) séparés par le col de Denali (5547m) d'où les deux sommets sont accessibles par une succession de pentes faciles. Deux itinéraires inconnus au début du 20ème siècle permettront de rejoindre le col de Denali : l'arête de Karstens au nord-est, découverte et parcourue pour la première fois en 1910, et l'arête de West Buttress à l'ouest, en 1951.
La première tentative est celle de James Wickersham en 1903 par le versant nord et le glacier de Peters. Il n'avait pas choisi la voie la plus simple et a rapidement renoncé mais il a donné son nom à la plus haute face montagneuse du monde (Cf ci-dessus).
La seconde tentative date de 1906, elle est l'oeuvre du Dr Cook et de Barrille qui auraient atteint le sommet suivant un itinéraire mis en doute dès qu'il fut connu. Il a été démontré par la suite qu'elle était frauduleuse tout comme la prétendue conquête du Pôle Nord par le même Dr Cook quelques années plus tard !
La troisième expédition est celle de 1910. Appelée Sourdough expédition, c'est elle qui découvre l'itinéraire. Après la découverte par McGonagall, membre de l'expédition, du col qui porte son nom, l'équipe rejoint le glacier de Muldrow. Anderson, Taylor et McGonagall atteignent la base de l'arête de Karstens qu'ils parcourent pour la première fois et rejoignent le glacier Harper Croyant le pic Nord plus élevé que le pic Sud, Anderson et Taylor montent directement au pic Nord sans gagner le Denali Pass et sans tenter l'ascension du pic Sud qui leur tendait les bras. Pendant ce temps, McGonagall fixe un pieu en bois dans la roche qui leur sera utile par la suite mais ils ne va pas au sommet du pic Nord.
L'année 1912 voit l'expédition Browne-Parker suivre l'itinéraire Sourdough de 1910 jusqu'au glacier Harper d'où ils montent vers le pic Sud. Des conditions climatiques extrêmes les obligent à faire demi-tourà moins de 100m du sommet.
La première est réalisée le 7 juin 1913 par Stuck, Harper, Karstens et Tatum qui suivant l'itinéraire de l'expédition de 1912 jusqu'au sommet du pic Sud. Depuis le sommet du pic Sud, Stuck voit avec ses jumelles le poteau planté au sommet du pic Nord en 1910 ce qui clot le débat ouvert sur la réalité de l'ascension du pic Nord. Il trouve aussi des traces de l'expédition de 1912 qui n'était qu'à 60m du sommet !
Il faudra attendre 19 ans pour la seconde ascension de 1932 qui est la première à gravir les deux sommets et encore 10 ans pour la troisième de 1942 conduite par Bradford Washburn qui débuta ici une immense carrière d'alpiniste-photographe-écrivain en Alaska. Il effectua la quatrième ascension en 1947 en compagnie de son épouse Barbara qui fut à cette occasion la première femme au sommet. Enfin, en 1951, Bradford réussit la première de l'arête de West Buttress qui marque la fin d'une époque avec l'arrivée des déposes aériennes à la fin de la guerre. Dès lors, l'arête de Karstens va être progressivement délaissée au profit de l'itinéraire de West Buttress.
Le temps des déposes aériennes
Tout le massif du McKinley forme un vaste parc national de 8000km². La partie centrale de ce parc où se trouvent tous les grands sommets constitue une zone sauvage où les déposes aériennes sont strictement et très heureusement interdites. Les petits avions ne peuvent donc atterrir que sur trois emplacements situés à la limite de la zone sauvage. Ces emplacements déterminent le choix et l'organisation des randonnées et ascensions dans le massif.
Les déposes s'effectuent depuis la petite ville de Talkeetna située au sud du massif à 4h de route depuis Anchorage. Plusieurs compagniesproposent leurs services. Bien évidemment, les petits avions ne volent que si le temps le permet, des retards importants sont donc possibles au départ et au retour.
Le premier emplacement est situé vers 1700m, au sud-est du McKinley, au pied de la face nord du Mont Barrille, dans le cadre magnifique de l'amphithéâtre Don Sheldon.
Le second emplacement se trouve à Kantishna, au nord du McKinley vers seulement 600m d'altitude. Kantishna est le point de départ de l'ascension par l'arête de Karstens.
Le troisième emplacement, de loin le plus pratiqué de nos jours, est installé vers 2200m, sur la branche sud-est du glacier de Kahiltna, à la base de la face nord du Mont Hunter. C'est le point de départ de l'ascension par l'arête de West Buttress.
L'ascension du McKinley
Notre groupe comportait 7 personnes qui ont toutes atteint le sommet du South Peak tandis que 2 parmi elles ont également gravi le North Peak. L'équipe était constituée de montagnards amateurs pratiquant régulièrement le ski de randonnée dans les Alpes avec l'expérience des pays froids et du camping hivernal.Nous n'avons pas utilisé les services d'une agence et il n'y avait aucun professionnel parmi nous.
Bonnes conditions de neige et de temps malgré des températures froides.
Vol Paris-Anchorage suivi d'une arrivée en minibus à Talkeetna le 30 avril. Le 1er mai un petit avion nous dépose avec tout le matériel sur le glacier de Kahiltna, vers 2200m.
Le 2 mai au matin, chacun tirant sa pulka, l'équipe remonte le glacier de Kahiltna sous le soleil et le lendemain, le camp est installé sous le Kahiltna Pass (3110m).
Après une journée de brouillard le 4 mai, nous quittons Kahiltna Pass à skis faire un portage à Windy Corner (4020m) avant de redescendre à Kahiltna Pass. Ces aller-retour sont indispensables pour une bonne acclimatation à l'altitude. Mauvais temps le 6 et départ de Kahiltna Pass le 7 mai pour gagner le camp de base à 4300m. L'ascension à skis s'achève ici.
Le camp de base est très exposé aux tempêtes venant du sud et les tentes doivent être protégées par un solide mur de neige formé de blocs découpés avec une scie. La journée du 8 mai est consacrée à l'aménagement du camp et le 9 mai, c'est le départ.
Depuis le camp de base à 4330m, on remonte la grande pente de neige qui domine le camp pour rejoindre l'arête de West Buttress vers 4850m. Cette pente présente un passage à 40/45° sur une hauteur d'environ 150m. Il s'agit de la seule difficulté de toute l'ascension. On suit aisément l'arête de West Buttress jusqu'à son extrémité où se trouve un replat propice à l'installation du C2 (5240m).
Une traversée ascendante dans une pente de neige permet d'atteindre sans difficultés le Denali Pass (5547m), bien visible depuis le C2. Pour gagner le South Peak, on remonte vers le sud un pente neigeuse facile pour rejoindre la base de Archdeacon Tower (5990m) que l'on contourne par l'ouest. On arrive ainsi sur un plateau horizontal que l'on traverse vers 6000m afin de parvenir à la base de l'ultime pente de neige qui conduit au sommet (6194m).
La course est longue et compte 1000m de dénivelée au-dessus de 5000m depuis le camp 2 sans compter la traversée aller-retour du plateau sommital à 6000m.
Le froid est intense: nous avons relevé entre -33° et -36° lors de nos divers passages au Denali Pass.
A altitude comparable, la pression atmosphérique est plus faible ici que partout ailleurs dans le monde.
Les tempêtes sont redoutables toute l'année (Températures très basses, vents violents) et de nombreuses catastrophes se sont produites au voisinage du plateau sommital.
Enfin, le Parc National enregistre obligatoirement tous les alpinistes à leur arrivée et à leur départ et publie une statistique de leurs ascensions. 50% des alpinistes quittant le camp de base ne parviennent pas au sommet, ce n'est évidemment pas sans raisons. (Cf Bradford Washburn).
Nous avions prévu de monter lentement, en faisant une succession de paliers et d'aller-retour pour une bonne acclimatation à l'altitude. Ces précautions ont permis à toute notre équipe de profiter pleinement d'une ascension magnifique et de parvenir au sommet en bonne condition physique.
Antoine et Jean-Pierre, qui étaient les plus rapides, ont fait équipe pour gravir les 2 sommets du Mc Kinley. Le North Peak tout d'abord le 11 mai puis le South Peak le 13 mai.
Henri, Martine et Marc étaient au sommet du South Peak le 14 mai, Claire et Georges le lendemain.
Retour rapide et sans histoires sur un itinéraire déjà parcouru plusieurs fois. Dans la soirée du 17 mai, nous regagnons la dépose de Kahiltna.
Le glacier de Ruth
Dans la soirée du 17 mai, nous sommes de retour à la dépose de Kahiltna avec le matériel et devons regagner Talkeetna le 22 mai seulement. Que faire pendant 4 jours de beau temps, au centre d'un massif montagneux parmi les plus beaux du monde ?
Nous avons lu le récit de l'expédition française de Lionel Terray au Mont Huntington et nous avons vu des photos de l'amphithéâtre Sheldon et du glacier de Ruth. Ces lieux mythiques sont situés tout près de la dépose aérienne du Mont Barrille, facilement accessible depuis Kahiltna où nous nous trouvons ce soir. Aucune hésitation, on y va!
C'est ainsi que le 18 mai, un petit avion nous dépose au Mont Barrille. Après avoir installé un camp pour la nuit, nous partons à skis explorer l'amphithéâtre Sheldon et le glacier de Ruth.
L'amphithéâtre Don Sheldon est un vaste replat glaciaire d'une vingtaine de km² situé vers 1600m d'altitude. Trois glaciers imposants, les branches Nord, Nord-Ouest et Ouest du glacier de Ruth convergent sur l'amphithéâtre et poursuivent leur cours sous la forme d'un glacier unique: le glacier de Ruth. Celui-ci plonge dans l'impressionnant canyon glaciaire de la Grande Gorge, entre les 1500m de hauteur de la face est du Mont Dickey qui dominent sa rive droite et les 1600m des trois piliers granitiques de Mooses Tooth qui surplombent sa rive gauche. Tout simplement somptueux.
Le 19 mai, nous partons 2 jours explorer la branche ouest du glacier de Ruth avec l'espoir (très faible) de franchir le col qui ferme le haut du glacier (Ruth Gap) et nous permettrait ainsi de regagner directement la dépose de Kahiltna
Le parcours aller-retour effectué à skis, dans des conditions de neige et de temps parfaites, sur les 15km de la branche ouest du glacier de Ruth est exceptionnel. Le versant nord du Mont Huntington (3730m) et la paroi de 7km qui le prolonge vers l'ouest au-dessus du glacier laissent un grand souvenir.
Lionel Terray et le Mont Huntington
Une expédition française dirigée par Lionel Terra a effectué la première ascension du Mont Huntigton en mai 1964 en suivant l'arête nord-ouest qui domine la branche ouest du glacier de Ruth. Cette ascension, qui fut la dernière grande expédition de Terray, a été effectuée 3 ans après la publication des «Conquérants de l'inutile». Pour cette raison, il n'existe aucun récit de l'ascension du Huntington dans ce livre célèbre.
Le seul texte écrit accompagné de photos est celui de Jacques Soubis, qui était un des 8 participants, paru dans «La Montagne et Alpinisme» n° 49 d'octobre 1964. Les 8 membres de l'expédition sont tous allés au sommet.
Lionel Terray et Marc Martinetti, qui était un de ses compagnons au Huntington, sont décédés en septembre 1965, victimes d'une chute lors d'une escalade effectuée dans le Vercors.
Parvenus dans la partie supérieure du glacier, vers 2800m, une importante corniche s'écroule et balaye la pente située à quelques mètres devant nous. D'autres blocs de glace menaçant le passage vers le col, nous décidons de ne pas poursuivre. Sans regret car le franchissement du Ruth Gap était sans doute impossible dans le peu de temps qui nous restait.
La journée se termine en installant le camp un peu plus bas, à l'abri des chutes de séracs.











































