La Géorgie du Sud

Les Pyrénées basques

1 avril 2025

Les Pyrénées basques

1 avril 2025

La  Géorgie  du  Sud
Octobre - Novembre 2008

J'ai longtemps ignoré l'existence de cette île perdue au coeur des 50èmes hurlants de l'Atlantique Sud, à 800 milles (1) de la côte la plus proche jusqu'au jour où j'ai découvert le récit de Shackleton sur sa traversée de la Géorgie du Sud, à la fin de l'expédition de l'Endurance. Toute la Géorgie du Sud est contenue dans cette histoire mythique : les grandes montagnes enneigées, les glaciers, la mer, les tempêtes, la chasse à la baleine et une faune extraordinaire. Impossible de ne pas aller voir.   Mais, même au XXIème siècle,  aller en Géorgie du Sud n'est pas si simple.

(1) 1 mille marin représente une distance de 1,85 km.

Colonie de manchots royaux dans la baie de St Andrews - 26 octobre 2008

Le fjord Drygalski - 28 octobre 2008.

La Géorgie du Sud

 L'île est très isolée. Les îles Malouines qui forment sa côte la plus proche étant situées 1500km  à l'ouest.
La Géorgie du sud est un territoire de souveraineté britannique comprenant également les îles Sandwich du sud. Elle a la forme d'un croissant d'une longueur de 170 km pour une largeur maximale de 40 lm. Depuis la fermeture des stations baleinières en 1964, la Géorgie est presque inhabitée, le seul habitat permanent étant situé au port de Grytviken. Selon les saisons, des scientifiques viennent faire des observations sur l'île.

 

 

 

La Géorgie du sud est très montagneuse avec 11 sommets de plus de 2000m d'altitude, le Mont Paget culminant à 2935m. Plus de la moitié de l'île est couverte de neige permanente et d'importants glaciers qui se jettent dans la mer. Des icebergs de deux sortes sont nombreux autour de la Géorgie du Sud: de grands icebergs tabulaires détachés des plateformes antarctiques qui dérivent vers le nord depuis le mer de Weddell et des icebergs de formes diverses provenant des glaciers géorgiens. Le climat est marqué par la présence de forts vents d'ouest, les célèbres 50èmes hurlants ou rugissants bien connus des navigateurs depuis des siècles. Presque toutes les précipitations ont lieu sous forme de neige, même au bord de la mer.

 

                          Baie de Larsen – 28 octobre 2008

Iles Prion - Grand albatros - 3 novembre 2008

 

 

 

La faune de la Géorgie du Sud est extraordinaire tant par son importance que par sa diversité.

Une population de 30 millions d'oiseaux nicheurs, essentiellement composée d'oiseaux marins occupe l'île.

Les manchots forment de grandes colonies au bord d de la mer qui assure leur nourriture. En Géorgie, les 2 grandes colonies de manchots royaux de Salisbury et de St Andrews comptent chacune plus de 100.000 couples. Le manchot royal '(400.000 couples) et le manchot Papou (100.000 couples) sont les plus nombreux.

La Géorgie du Sud rassemble également des populations de mammifères marins parmi les plus importantes du monde. C'est le cas des otaries de Kerguelen (2 millions durant l'été austral) et des éléphants de mer ( 400.000 viennent en Géorgie pendant l'été austral pour se reproduire ). Ils se rassemblent sur les plages où ils forment des groupes importants.

Baie de St-Andrews - Manchots royaux - 26 octobre 2008.

Cooper Bay - Manchots Papou - 27 octobre 2008.

 

Grytviken - Éléphant de mer femelle reconnaissable à sa couleur claire. Celle-ci venant de mettre bas avec son petit à coté - 18 octobre 2008

Husvik - Éléphant de mer mâle reconnaissable à sa taille et son appendice nasal - 25 octobre 2008

 

Un peu d'histoire

Baleinier abandonné dans le port de Grytviken - 18 octobre 2008.

L'histoire de la Géorgie du Sud débute en 1775 lorsqu'elle est découverte par le capitaine Cook au cours de son célèbre second voyage. Il y accoste pour la première fois, prend possession de l'île et lui donne le nom du roi d'Angleterre Georges III. Dès son retour quelques mois plus tard, Cook signale l'abondance des mammifères marins autour de la Géorgie du Sud. Cette nouvelle attire rapidement un nombre important de baleiniers et de phoquiers dont l'intense activité conduit à la disparition de certaines espèces..


 

 

 

C'est ainsi qu'entre 1785 et 1825, 1,2 million d'otaries à fourrure ont été massacrées pour leur peau en Géorgie du Sud. Les populations d'éléphants de mer et de phoques ont également été décimées.

A certaines époques, 6000 éléphants de mer étaient tués chaque année et on faisait bouillir leur graisse dans de larges chaudrons pour en extraire l'huile.

    Ruines de station baleinière sur le port de Grytviken  -   18 octobre 2008.

Installations baleinières abandonnées dans le port de Grytviken. Le bateau amarré sur le quai est le Vaïhéré. 18 octobre 2008.

 

Mais c'est au début du XXème siècle  que les Européens, essentiellement britanniques et norvégiens, prennent conscience des énormes ressources bameinières des mers autour de la Géorgie du Sud. Le norvégien Larsen installe  la station de Grytviken en 1904 et démarre les opérations qui vont conduire à une industrie très lucrative. 4 autres stations employant  plus de 1000 ouvriers furent installées en Géorgie qui devint le premier centre mondial de l'industrie baleinière. Une activité intense régnait alors dans la baie de Grytviken.

 

 

 

Dans le courant des années 20, des navires-usines équipés de canons qui lançaient des harpons munis d'une tête explosive s'installèrent au large de la Géorgie afin d'extraire sur place l'huile des baleines qu'ils tuaient en grand nombre. Le guano qui servait d'engrais et l'huile étaient les pri,cipaux produits. Certaines années favorables à la chasse, jusqu'à 40.000 baleines pouvaient être tuées.
Les estimations sur le nombre de baleines exterminées en 60 ans varient entre 500 et 700.000.

 Ces massacres ont entraîné la disparition totale des baleines dans la région et la fermeture des stations en 1964. Depuis cette époque, les populations d'otaries à fourrure et d'éléphants de mer se sont assez bien reconstituées mais les baleines demeurent absentes. Tout espoir n'est cependant pas perdu et quelques baleines ont été revues ces dernières années. Mais les ruines des stations baleinières marquent toujours les paysages à Grytviken.

Canon lance-harpons situé sur les baleiniers des années 1920. Le harpon était muni d'une charge explosive - Grytviken, octobre 2008.

 

 

L'accès

 

Aller en Géorgie du Sud est assez compliqué et en revenir l'est tout autant. Ici plus qu'ailleurs, un voyage est parfois parsemé d'imprévus ; mieux vaut alors éviter un rendez-vous important le jour prévu de votre retour en France.

Il n'y a pas de piste d'atterrissage sur l'île et tout accès aérien est donc impossible. De plus, il n'existe pas de ligne maritime régulière desservant la Géorgie du Sud. Il faut donc disposer d'un bateau. Ayant exclu le bateau de croisière , il ne reste plus que le voilier.

 

 

Quart sur le Vaïhéré durant le retour de Géorgie du Sud - 17 Novembre 2008

 

 Le Vaïhéré dans le fjord Drygalski - 28 octobre 2008

 

 

Les choses commencent à se compliquer car les îles Malouines sont situées à 800 milles (1) de la Géorgie. Il faut donc effectuer une navigation de 1600 milles sur les mers les plus difficiles du monde pour aller en Géorgie du Sud et en revenir. Dans ces conditions, un solide voilier barré par un skipper expérimenté connaissant bien la zone est absolument indispensable. C'est ainsi que nous avons gagné la Géorgie avec la goélette Vaïhéré barrée par Eric Dupuis avec 2 assistants qui se relayaient jour et nuit. Nous étions seulement 10 passagers et assurions les quarts.

Le carnet de route

Nous partons faire un séjour printanier au bord de la mer mais n'oublions pas que les 50èmes hurlants et la Géorgie du Sud n'ont rien à voir avec les côtes bretonnes ou provençales. La veste coupe-vent étanche avec capuchon, les moufles, les chaussettes et le pantalon chauds ainsi que les chaussures de marche seront plus utiles que le maillot de bain et les sandales de plage. Nous sommes prêts et dans la soirée du 8 octobre nous embarquons sur le vol direct Paris-Santiago.

 

La partie sud de la côte nord de la Géorgie - 27 octobre 2008.

De la France aux îles Malouines
8 au 13 octobre

Le vol dure 16h et l'arrivée matinale à Santiago est un peu difficile, surtout quand on découvre que la compagnie aérienne a oublié nos bagages à Paris. 24h de démarches ne suffisent pas à les récupérer et c'est sans nos sacs que nous prenons l'avion pour Punta Arenas le 10 octobre. Le lendemain matin, par chance (il en faut bien un peu de temps en temps) nous trouvons un magasin qui nous vend les vêtements nécessaires à un séjour en Géorgie. La patronne nous embrasse et nous fait un cadeau, tout s'arrange !
Le 12 octobre, un dernier avion nous conduit à Port Stanley. et nous rejoignons le port où le Vaïhéréest est accosté. Avec ses 2 mâts et ses 23m de long, il a fière allure et ,
en partant visiter Port Stanley, nous envisageons sereinement la difficile traversée qui nous attend.
Port Stanley est la capitale des îles Malouines ( Falkland Islands pour les Anglais ). Avec spn petit port, ses pubs, sa circulation à gauche et ses maisons bien alignées, c'est un petit morceau d'Angleterre perdu dans l'Atlantique Sud. Bâtiments militaires, imposant monument aux morts, photographies et récits du conflit, tout ici rappelle la guerre de 1982.

 

 

 

 

     Manchot royal et otarie - Iles Prion - 3 novembre 2008

Vue depuis le Vaïhéré en approchant des côtes de la côte nord de la Géorgie - 17 octobre 2008

 

 

Des îles Malouines à la Géorgie du Sud

13 au 17 octobre

Tôt le matin du 13 octobre, le VaÏhéré largue ses amarres, quitte le port et met le cap à l'est. De nombreux oiseaux nous accompagnent, pétrels, damiers du Cap avec leurs ailes tachetées, albatros et bien d'autres tandis que plusieurs dauphins nous entourent. Dans l'après-midi du 3ème jour, les choses se gâtent, le vent forcit, les rafales dépassent 50 noeuds (2) et la mer se creuse et le harnais devient obligatoire lorsque nous sommes de quart. La tempête se calme au matin du 4ème jour quand survient un événement attendu : le premier iceberg.

 

 

 

Nous verrons bien d'autres icebergs et le 5ème jour, les côtes géorgiennes apparaissent en fin de matinée. L'arrivée en vue de la Géorgie, petit morceau des Alpes perdu au milieu de l'océan nous offre un spectacle somptueux. ous arrivons par la côte nord et une chaine de montagnes donne naissance à de vastes glaciers crevassés qui atteignent la mer en libérant de grands icebergs. Ce mélange de hautes montagnes, de mer et de glace crée des paysages magiques.

Le 17 octobre en fin de journée, le Vaïhéré pénètre dans la rade de Grytviken et accoste. La nuit tombe et nous sommes en Géorgie du Sud.

Iceberg et front de glacier sur la côte nord de la Géorgie - 17 octobre 2008

Otarie

 

Couple d'albatros à bec jaune

La tombe de Shackleton à Grytvikem

Grytviken et le s station s baleinières

18 et 19 octobre

Grytviken, capitale de la Géorgie, est le point d'entrée obligatoire de tous les visiteurs du territoire et le seul lieu d'habitat permanent de l'île. On y trouve le service de contrôle du port, la résidence de l'administrateur, un bureau de poste, la station météo, un intéressant musée et la tombe de Shackleton.

Lorsque l'on débarque à Grytviken pour la première fois, apparaît une ville fantôme formée par les ruines de la station baleinière. Hangars effondrés, chaudières métalliques rouillées, cheminées d'usines couchées sur le sol, câbles enchevêtrés, poulies, rails démontés, palans et treuils de toutes sortes, habitations aux toits effondrés s'étendent sur une quinzaine d'hectares. Ces ruines d'une importante industrie lourde témoignent de l'ampleur de la chasse et du massacre des baleines. J'avais entendu parler de la chasse des baleines mais n'avais mesuré ni son importance ni la taille des usines. Il est très impressionnant de retrouver ici les détails de cette terrible histoire. Voir le petit abrégé ci-dessus.

La journée du 18 octobre est consacrée aux formalités et à la visite du site. Nous observons nos premiers éléphants de mer et demeurons béats devant les femelles mettant bas au milieu des pétrels qui se bousculent pour dévorer le placenta.

 


Maiviken - Husvik - Stromness
Eléphants de mer et souvenir de Shackleton
20 au 25 octobre

Départ matinal de Grytviken et, peu après la sortie de la rade, nous avons la chance de voir des orques qui entourent le Vaïhéré pendant un long moment. C'est un spectacle rare de voir d'aussi près ces prédateurs noirs de 9m de long avec leur aileron dorsal et leurs taches blanches sur le ventre. Débarquement à Maiviken pour faire connaissance avec notre première manchotière occupée par quelques centaines de manchots Papou.

Après cette visite, une navigation dans le brouillard au milieu des icebergs nous permet de mouiller dans la baie d'Husvik. Les éléphants de mer sont très nombreux sur les plages des alentours etune station biologique de l'université écossaise de St Andrews est installée ici afin de les étudier.

 

En octobre-novembre, les plages d'Husvik sont très occupées -        23 octobre 2008.

 

Éléphant de mer femelle dans la baie d'Husvik 22 octobre 2008.

 

Une visite aux scientifiques de cette station nous apprend beaucoup de choses très intéressantes sur les éléphants de mer dont voici un petit résumé.

En octobre et novembre, ils sont allongés paresseusement sur les plages où ils sont organisés en harems! On y voit de nombbreuses femelles reconnaissables à leur petite taille ( elles ne pèsent que 4 à 500 kg ), à leur couleur assez claire et à la forme de leur tête dépourvue d'appendice nasal. Elles nourrissent leur petit qui vient de naître. ( le pup ).

A proximité des femelles se trouve toujours un mâle beaucoup plus gros ( il pèse de 2 à 3,5 t ), une couleur plus sombre que les femelles et une trompe nasale très développée. Ce mâle surveille les femelles et empêche les autres mâles ( surtout les jeunes ) de venir courtiser les filles !

 

 

Si un audacieux s'y risque, il est immédiatement chassé. S'il insiste, un combat féroce s'engage et se termine par le succès d'un des deux mâles et la fuite de l'autre. Le vainqueur devient le nouveau chef du harem et les deux protagonistes terminent la journée avec du sang et de profondes blessures sur tout le corps.

Les femelles allaitent le pup pendant 3 à 4 semaines puis l'abandonne sur la plage. Au cours de cette période, le mâle chef du harem leur rend des « visites intimes » qui paraissent brèves et violentes aux spectateurs que nous sommes !

Après quelques jours de jeûne, le pup abandonné par sa mère part se nourrir en mer malgré son ignorance de la pêche. Les femelles reviendront dans un an pour donner naissance à un autre petit pup.

Plages d'Husvik. Femelles d'éléphant de mer de couleur claire avec leurs pups noirs - 23 octobre 2008.

Éléphant de mer mâle. Remarquer ses traces de blessures et son appendice nasal - Baie d'Husvik - 23 octobre 2008.

 

Pour étudier les déplacements des éléphants de mer, on colle sur leur tête un petit appareil qui mesure la profondeur à laquelle ils descendent et détermine en permanence leur position à l'aide d'un système GPS. Les données sont transmises par un émetteur radio. On apprend ainsi qu'ils atteignent des profondeurs de 2000m et peuvent rester 2h sous l'eau. Ils ne se déplacent pas au hasard mais suivent certaines routes précises à une vitesse de 50km/jour.

Après avoir passé beaucoup de temps avec les éléphants de mer, nous partons à pied le 23 octobre pour une balade fans la baie d'Husvik. Après avoir franchi un petit col, on descend dans la baie de Stromness où se trouve une station baleinière en reuines. C'est ici que le 20 mai 1916, Shackleton et ses 2 compagnons Frank Worslay et Thomas Creen sont arrivés dans la maison du directeur de la station pour chercher du secours. La maison a été préservée de la ruine et elle est toujours en place. Une plaque commémore cet événement.

La baie de St Andrews
26 octobre

En arrivant à la baie de St-Andrews, le Mont Paget, point culminant de la Géorgie à 2935m -         26 octobre 2008

Le 26 octobre, le ciel est clair et la météo prévoit 3 jours de beau temps. Il faut en profiter pour aller vers le sud. Départ d'Husvik au milieu des icebergs éclairés par le soleil et arrivée à la mi-journée dans la baie de Saint-Andrews.

Cette baie est un émerveillement total. Elle représente la beauté absolue et nous demeurons figés et muets devant le spectacle de cette baie extraordinaire, des montagnes enneigées, des lacs, des glaciers, de la mer et de cette vie grouillante puisque 250.000 couples de manchots royaux y sont installés en permanence sans compter les centaines d'éléphants de mer, otaries, pétrels et autres oiseaux.

Baie de St-Andrews - Manchots royaux et éléphants de mer sur la plage, icebergs dans la baie - 26 octobre 2008.

Le manchot royal est, après son cousin empereur, le second manchot par la taille ( 90cm ) et le poids ( 10 à 17 kg ). Comme tous les manchots, il possède un plumage noir sur le dos et blanc devant, il est inapte au vol et se nourrit exclusivement en mer. Le manchot royal a une tache orange vif sur les oreilles et la mandibule tandis que la partie blanche du plumage vire au jaune vers le haut.
Ils vivent en grandes colonies qui sont occupées toute l'année et ne font pas de nid. Les petitd naissent au printemps et sont nourris par leurs parents qui regurgitent le produit de leur pêche.
Ils atteignent le poids d'un adulte en deux mois et sont alors recouverts d'un duvet marron qui les empêche d'aller dans l'eau. Au cours de l'hiver qui suit, ils perdent du poids par manque de nourriture. Le printemps suivant, les parents les nourrissent à nouveau, ils regagnent du poids, perdent leur duvet et deviennent autonomes vers l'âge de 13 à 14 mois.

Baie de St-Andrews - Manchots royaux sur la glace - 26 octobre 2008.