L’expédition de la Terra Nova
7 mai 2019
Dovrefjell, Trollheimen, Nordmøre 2019
11 novembre 2019La conquête du Pôle Sud
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Centième anniversaire
Centième anniversaire. C’est en effet le 14 décembre 1911 que le Pôle Sud a été atteint pour la première fois par le Norvégien Roald Amundsen et ses 4 coéquipiers. 5 semaines plus tard, le 18 janvier 1912, l’Anglais Robert Scott et ses 4 compagnons y parvenaient à leur tour. Ils n’en sont jamais revenus.
Cet épilogue tragique conclut une longue histoire, marquée par la rivalité entre Shackleton et Scott pour gagner la course au Pôle qu’ils perdront tous les deux. De terribles souffrances, des morts et un désastre total mais aussi un exploit inégalé font de la conquête du Pôle Sud un chapitre unique de l’histoire des explorations polaires.
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UN PEU DE GÉOGRAPHIE
L’Antarctique est un vaste continent (22 fois la France) centré sur le Pôle. Entaillé par les deux immenses baies de la mer de Weddell et de la mer de Ross, il s’étend jusqu’à des latitudes de 60 à 65° seulement. Les montagnes Transantarctiques s’étendent sur 3000km de long à des altitudes dépassant souvent 4000m et le Pôle est situé sur un vaste plateau, à près de 3000m d’altitude. Aller en Antarctique est un voyage très difficile.
1./ Il faut tout d’abord franchir la zone des 40èmes et des 50èmes de l’hémisphère sud, balayée par des vents d’ouest tempêtueux et permanents. Durant près de 3 siècles, des centaines de navires marchands reliant l’Europe et l’Asie ont fait naufrage dans les 50èmes en essayant de franchir le cap Horn. L’accès à l’Antarctique est donc réservé à un bateau et un équipage confirmés. Ce n’est pas un hasard si tous les explorateurs polaires étaient des officiers de marine. Le Pôle Sud n’a pas été conquis par des montagnards mais par des marins.
2./ Ces 50èmes franchis, on se heurte à une banquise qui s’étend loin vers le nord et bloque tout accès au-delà de 60/62° de latitude en dehors de l’été, et encore, pas partout et pas tous les étés. Une fois la banquise franchie, l’accès au Pôle depuis l’Antarctique oriental est impossible en raison de la distance (5000km aller-retour).
3./ Reste l’accès par la mer de Ross ou la mer de Weddell. Mais la mer de Weddell est encombrée de glaces, même en été, ce qui interdit un accès maritime au continent de ce côté. Quant à la mer de Ross, elle est bloquée par la Grande Barrière. De quoi s’agit-il ?
4./ Les glaciers qui s’écoulent vers la mer de Ross ont formé une plate-forme de glace flottante (ice-shelf) qui recouvre la mer de Ross. Cette plate-forme grande comme la France, est reliée au continent et se termine au nord par l’escarpement vertical de la Grande Barrière. Sa hauteur varie entre 10m et 100m, elle est continue sur 800km de long et évidemment infranchissable. Seules, la petite Baie des Baleines et la Baie de McMurdo située au pied du volcan Erebus permettent de franchir la Grande Barrière pour prendre pied sur l’ice-shelf de Ross.
Les expéditions vers le Pôle Sud sont donc parties de McMurdo ou de la Baie des Baleines. La distance au Pôle est alors d’environ 1400 à 1500km et comme il faut bien en revenir, la conquête du Pôle Sud suppose un parcours de 3000km dans les conditions climatiques de l’Antarctique.
5./ Un comité d’accueil attend les audacieux qui se sont aventurés jusque sur le continent antarctique. Il est formé par les vents les plus violents et les températures les plus basses jamais enregistrés sur la planète Terre.
Les vents, sont à la fois violents et fréquents. Pour exemple, à la station de Terre Adélie, on observe en moyenne 110 jours par an avec des vents de plus de 100km/h dont plusieurs jours chaque année avec des rafales à 200km/h. C’est ici qu’on a enregistré des vents supérieurs à 300km/h qui constituent le record du monde dans ce domaine.
Du côté des températures, ce n’est pas évident non plus puisque la station russe de Vostok sur le plateau oriental antarctique détient le record des températures terrestres les plus basses avec des valeurs situées autour de -90°C.
6./ Enfin, la route vers le Pôle est barrée par la chaîne des montagnes transantarctiques qu’il faut franchir en remontant des glaciers crevassés sur près de 3000m de dénivelée.
Toutes ces difficultés géographiques et climatiques expliquent que l’existence même de l’Antarctique n’ait été connue que très tardivement.
UN PEU D'HISTOIRE
1492 : Christophe Colomb débarque sur le continent américain. Début de la conquête de l'Amérique par les Européens.
1519 – 1522 : Premier tour du monde de Magellan. Parti d'Espagne en août 1519, il gagne les côtes d'Amérique du Sud. Cherchant un passage vers le Pacifique, il découvre le détroit qui porte son nom et rejoint ainsi le Pacifique sans franchir le cap Horn qui était inconnu. Il traverse le Pacifique et atteint les Philippines où il est tué au cours d'un combat contre des indigènes. Son navire, le Victoria, regagne l'Espagne en septembre 1522.
A partir de cette époque, et jusqu'à la découverte du cap Horn un siècle plus tard, le détroit de Magellan devient une route commerciale importante pour les navires assurant le transport des marchandises entre l'Europe et l'Asie.
Magellan
1616 - 1624 : Découverte du cap Horn qui est aperçu pour la première fois en 1616 par un navire de marchands hollandais qui ne franchit pas le cap. Ce n'est que 8 ans plus tard que l'on comprend qu'il s'agit d'un passage permettant de rejoindre le Pacifique. Dès lors, et jusqu'à la fin du 19ème siècle, les navires marchands abandonnent le détroit de Magellan; le cap Horn devient alors une des deux routes maritimes reliant l'Europe et l'Asie.
1772 - 1775 : Second voyage de Cook. Après son premier voyage, Cook est chargé par la Royal Geographical Society de repartir vers le sud à la recherche d'un supposé continent austral. En janvier 1773, Cook à bord du Résolution, découvre la Géorgie du Sud et les îles Sandwich avant de franchir le Cercle Polaire antarctique pour la première fois et d'atteindre la latitude de 71°10'. Il effectue une longue exploration de la zone antarctique et passe près du continent sans le voir. A son retour en Angleterre, Cook conclut qu'il n'existe pas de continent au sud du Cercle Polaire.
Le Capitaine Cook
1821 - 1824 : Le voyage de Weddell. Après une campagne de chasse au phoque autour de la Géorgie du sud, Weddell met le cap au sud à la recherche de nouvelles zones de pêche. Bénéficiant de conditions exceptionnelles de glace et de temps, il pénètre dans la mer qui porte aujourd'hui son nom et, en janvier 1823, atteint la latitude de 74°15'. Il ne voit pas le continent et, confirmant le rapport de Cook, conclut que la mer s'étend jusqu'au Pôle Sud.
1840 : Dumont d'Urville et Wilkes. En 1840, personne n'a encore seulement aperçu le continent antarctique mais, en l'espace de quelques mois, deux navigateurs vont commencer à lever le voile.
Dumont d'Urville quitte le port de Hobart le 1ér janvier 1840 avec ses deux navires l'Astrolabe et la Zélée. Le 20 janvier, il aperçoit la côte de ce qu'il va appeler la Terre Adélie (du nom de sa femme Adèle) et le 22 janvier 1840, il débarque sur un ilôt à 4km du continent. Le hasard fait que le 29 janvier, Dumont d'Urville croise la route du Vincennes, navire de l'expédition américaine de Charles Wilkes qui a lui aussi vu le continent le 25 janvier et y a débarqué. Cette proximité de dates créera par la suite un contentieux entre la France et les Etats-Unis à propos de la Terre Adélie.
Wilkes et Dumont d'Urville seront ainsi les premiers hommes à voir le continent antarctique et à y poser le pied.




















