Groenland 2014: Kullorssuaq et la baie de Melville

Arrivée à Kullorsuaq. Au fond, le Devil's Thumb domine le village
Groenland 2012: Traversée Upernavik Kullorssuaq
11 mai 2016
Norvège 2015: Helgeland
11 mai 2016

La baie de Melville
Juillet - Août 2014

    Au cours de l'été 2012, nous avons effectué en kayak de mer, la traversée d'Upernavik à Kullorsuaq, prolongée par une visite d'une semaine à l'entrée de la baie de Melville. Cet endroit est tellement fascinant que nous y sommes revenus deux ans plus tard pour une visite complète de la baie. C'est cette expédition, réalisée au cours de l'été 2014 par l'équipe qui effectua le tour de l'île de Milne en 2010, qui est racontée ici.

Cliquer sur les photos pour les agrandir

 

Devant le camp C13 - 16 août 2014.

Devant le camp C13 - 16 août 2014.

Située sur la côte ouest du Groenland, la baie de Melville s'étend entre 74°30' et 76°30', soit approximativement entre les villages de Kullorsuaq au sud et Savissivik au nord. Naviguer en kayak de mer ici est une expérience unique en raison du caractère particulier de cette côte inaccessible.

Devant le camp C14 - 21 août 2014.

Devant le camp C14 - 21 août 2014.

Dans toute cette partie du Groenland, la calotte glaciaire se déverse dans la mer par l'intermédiaire de grands glaciers de plusieurs kilomètres de largeur, vêlant des icebergs dont la partie émergée peut atteindre 50m de hauteur. La côte est donc formée par les fronts de ces glaciers dont il est strictement impossible d'approcher à moins de 2 ou 3km, même avec un gros bateau, car la mer est recouverte d'icebergs séparés par un brash-ice* fermé.

Au large, quelques petites îles éloignées les unes des autres sont libres de glace et permettent un accostage. On doit cependant pagayer plusieurs heures pour les rejoindre ou les relier entre elles, sans pouvoir effectuer la moindre halte. Entre ces îles, le brash-ice* et les icebergs rendent la navigation difficile, voire impossible si on doit les approcher de près.

A l'inverse des côtes situées au sud de Kullorsuaq, la baie de Melville est ouverte sur le large et n'est pas protégée de la houle venant de l'ouest. Celle-ci complique les accostages et les départs qui, de surcroît, sont parfois sous la menace d'un tsunami causé par le vêlage des icebergs. Ces vêlages imposent une installation des camps en hauteur sur de petites îles parfois privées d'eau. Dans ces conditions, inutile de préciser que la baie de Melville n'est pas un endroit très fréquenté.

Départ du camp 9 - 6 août 2014.

Départ du camp 9 - 6 août 2014.

Philippe dégage son kayak de la glace devant le camp 8 - 3 août 2014.

Philippe dégage son kayak de la glace devant le camp 8 - 3 août 2014.

 

 En 2014, nous n'avons rencontré aucun kayakiste et avons simplement appris qu'un couple de suédois naviguaient dans la région ainsi qu'Alain et Nathalie Antognelli**. L'isolement est donc total, les seuls lieux habités étant Kullorsuaq et Savissivik, à plus de 300km l'un de l'autre. Pour les raisons évoquées ci-dessus, la traversée complète en kayak de mer de Kullorsuaq à Savissivik ne paraît pas réalisable dans des conditions raisonnables de sécurité, mais la seule visite de la partie sud de la baie jusqu'aux environs de la latitude 76°N, est déjà une aventure arctique difficile et très engagée.
A certains endroits, il est possible de prendre pied sur des îles ou des nunataks proches de la calotte de glace.

La beauté extraordinaire des paysages et le spectacle des icebergs et du front de la calotte sous le soleil de minuit y sont uniques au monde et justifient amplement ce voyage difficile.

Organisation - Matériel – Cartographie

Vue depuis le camp 4 - 25 juillet 2014.

Vue depuis le camp 4 - 25 juillet 2014.

Comme pour les autres raids au Groenland, le matériel est acheminé depuis la France en fret maritime. Mais la Royal Arctic Line n'accepte pas de fret pour Kullorsuaq et celui-ci arrive donc à Upernavik. De là, il faut affréter un petit bateau pour transporter les caisses à Kullorsuaq ou à l'endroit choisi comme point de départ. Cette complication se renouvelle évidemment au retour de Kullorsuaq où il faut trouver un bateau pour regagner Upernavik avec le matériel.

Pour le détail du matériel et de l'orientation, voir sur le site l'article « Groenland, où?, quand?, comment?». Cartes Sagamaps N°15 (Upernavik Nord) et N°16 (Melville Bugt).

Carnet de route

16 au 19 juillet - Le prélude

Nous quittons Copenhague le 15 juillet pour une arrivée à Upernavik prévue le jour même. Mais, en raison du brouillard, l'atterrissage à Upernavik est impossible et reporté au lendemain matin. Cette année, les ennuis commencent avant même le départ! Nuit à Ilulissat, réveil matinal et arrivée sans histoire à Upernavik où nous gagnons le gîte de Gina et John Kislov pour un séjour que l'on espère le plus court possible. Après avoir récupéré nos caisses de matériel à l'entrepôt de la Royal Arctic, une journée est consacrée à préparer le transfert vers Kullorsuaq. Tout s'arrange bien et dès le 18 juillet au matin, nous quittons Upernavik sur un solide bateau piloté par deux sympathiques Inuits, afin de rejoindre les environs de Kullorsuaq.

Au camp C13 - 16 août 2014.

Au camp C13 - 16 août 2014.

Jean-Marc et Philippe entre les camps 7 et 8 - 1ér août 2014.

Jean-Marc et Philippe entre les camps 7 et 8 - 1ér août 2014.

Le village de Kullorsuaq lui-même est peu adapté au montage et au chargement des kayaks; pour cette raison, nous souhaitions être déposés dans la baie d'Alison, à l'emplacement du camp de notre expédition de 2012. C'est un endroit bien abrité où l'accostage est facile et qui est parfait pour monter les kayaks. Malheureusement, en arrivant sur la côte sud de l'île Holmø, il apparaît que l'accès à la baie d'Alison est entièrement bloqué par la glace. Il y a 2 ans, il était pourtant facile de naviguer ici. Contournant alors l'île Holmø par l'ouest, nous débarquons finalement sur la petite île de Sardlia, située à 6km au sud de Kullorsuaq. Le premier camp est monté et le déballage des sacs commence.

 

 

Le 19 juillet, après avoir très soigneusement monté les kayaks, nous partons les tester jusqu'à Kullorsuaq où Lars Jensen, sympathique figure du village, nous offre le thé et accepte de garder nos emballages vides. Nous regagnons l'île de Sardlia en effectuant d'ultimes réglages des sièges, des pédales et du gouvernail. Depuis notre arrivée à Upernavik, le ciel est gris et nous n'avons guère vu le soleil ce qui est inhabituel ici en été. Cette année, notre matériel comporte une nouveauté sous la forme d'une tente mess pour prendre nos repas; ce choix va s'avérer judicieux.

Le montage des kayaks au camp 1 - 19 juillet 2014.

Le montage des kayaks au camp 1. Au fond, le rocher du Diable qui domine Kullorssuaq - 19 juillet 2014.

20 au 24 juillet - Glace, pluie et première tempête

La matinée du 20 juillet est occupée à résoudre le problème classique qui se pose au départ de chaque expédition. Il s'agit de faire rentrer à l'intérieur du kayak un ensemble de sacs et de bidons dont le volume est largement supérieur à celui disponible dans le kayak. Après une ou deux heures passées à chercher une solution de ce problème à l'aide de compressions, rotations, ou translations diverses et variées, le bon sens finit par l'emporter et tout ce qui ne rentre pas à l'intérieur est fixé à l'extérieur en attendant d'installer une remorque flottante.

Le camp du départ - 19 juillet 2014.

Le camp du départ - 19 juillet 2014.

En début d'après-midi, nous sommes prêts et le départ s'effectue en bon ordre vers le nord sous un ciel sombre, mais sans pluie ni vent. Les kayaks sont très chargés et la progression est lente d'autant que le vent (de face bien sûr) se lève deux heures après le départ. La pluie va suivre un peu plus tard et nous terminons la journée bien fatigués, au fond d'une grande baie, sur le versant sud de l'île Amdrup. L'accostage a lieu sur une plage un peu sinistre, marécageuse, remplie de moustiques. Le camp est monté sous la pluie et on n'enlèvera les combinaisons étanches qu'en entrant dans la tente mess.

Le lendemain matin, la baie où nous sommes installés est bloquée par des glaces arrivées pendant la nuit. Impossible de partir.

 Repos, puis petite promenade pour aller voir le paysage sur le versant nord de l'île. Le nunatak de Lille Renland, qui est l'un de nos objectifs, paraît inaccessible à cause de la glace, décidément très présente cette année. Retour au camp avec un peu de vent, beaucoup de moustiques, un ciel noir et une baie toujours bloquée. Le lendemain matin, la glace est un peu moins compacte dans la baie. Départ à pied le long de la côte en tirant les kayaks entre les glaçons, avec l'espoir de pouvoir sortir d'ici. En repoussant les glaçons avec de l'eau jusqu'à la taille, nous parvenons à sortir de ce piège et à rejoindre la mer libre.
Le ciel est sombre et, après une heure de navigation pour contourner l'île Amdrup par l'ouest, le vent se lève et forcit très rapidement, rendant la progression en kayak problématique.

Le camp 2 bloqué par les glaces sur l'île Amdrup - 21 juillet 2014.

Le camp 2 bloqué par les glaces sur l'île Amdrup - 21 juillet 2014.

Le camp 5 dans le brouillard - 28 juillet 2014.

Le camp 5 dans le brouillard - 28 juillet 2014.

 Par chance, une petite baie permet un accostage sur le versant nord de l'île Amdrup. Le camp n'est pas parfait mais au moins nous sommes à l'abri. La tempête se lève, accompagnée d'une forte pluie qui va durer toute la nuit. La tente de Philippe et Jean-Marc se retrouve au milieu d'un lac et ils doivent se lever au milieu de la nuit pour creuser une rigole. Le calme revient au matin mais un épais brouillard recouvre l'île, rendant un éventuel départ dangereux. Journée de repos et séchage en espérant une belle étape demain. Grosse déception le lendemain; le brouillard est toujours aussi épais, il bruine. Petite balade autour du camp, histoire de se dégourdir les jambes. Nous n'avons pas vu le soleil depuis le départ d'Ilulissat il y a 8 jours; heureusement qu'un petit renard vient égayer la fin de cette triste journée.

25 au 28 juillet - Brouillards

Au matin du 25 juillet, le brouillard est encore présent dans une ambiance froide et humide. Malgré cela, le camp est plié, le GPS est sorti, les kayaks sont chargés et le départ est donné.

Jean-Marc et Philippe naviguent dans la houle entre les camps 12 et 13 le 15 août 2014.

Jean-Marc et Philippe naviguent dans la houle entre les camps 12 et 13 - 15 août 2014.

Sans visibilité, il est imposssible, à cause des icebergs, de rejoindre Lille Renland comme nous l'avions prévu. C'est donc vers le nord-ouest et Garde Øer que nous pagayons en maintenant les kayaks à quelques mètres l'un de l'autre. Le brouillard finit par se dissiper lentement et le ciel apparaît en même temps que les îles. Un camp assez agréable est installé sur l'île la plus au nord et la journée se termine par une petite promenade, tandis qu'une baleine passe près du rivage. L'éclaircie est brève, il pleut toute la nuit, le brouillard revient et le moral est bas. Sans visibilité, il serait assez aventureux de s'engager en kayak au milieu du brash-ice* et des icebergs. C'est ainsi qu'une nouvelle journée d'attente et de balade sous la pluie se passe à Garde Øer. Le 27 juillet au réveil, le temps est calme mais gris et brumeux.

Soirée au camp 8 - 2 août 2014.

Soirée au camp 8 - 2 août 2014.

Béatrice et Marc naviguent entre les camps 3 et 4 le 25 juillet 2014.

Béatrice et Marc naviguent entre les camps 3 et 4 le 25 juillet 2014.

 

 L'accès à Lille Renland demeurant impossible, nous sommes obligés de poursuivre vers le nord pour une courte étape jusqu'à Jensen Øer d'où il sera possible de gagner le nunatak de Red Head. La traversée entre Garde Øer et Jensen Øer est facile et, à la fin de la journée, le contournement par l'est de Tulugaligssuaq entre l'île et les murailles de glace des icebergs est magique. La calotte est toute proche mais il n'y a pas un rayon de soleil; le ciel se recouvre et le camp de Jensen Øer est monté sous les nuages. On ne verra pas le paysage. On le verra encore moins le lendemain car un épais brouillard recouvre les îles. Afin de faire un peu d'exercice, nous partons faire une balade en ayant pris soin de relever les coordonnées du camp avec le GPS car on ne voit vraiment rien. Repos et moral au plus bas.

 

29 juillet au 1er août - Ile nouvelle et grandes traversées

Départ du camp 13 le 17 août 2014.

Départ du camp 13 - 17 août 2014.

Le ciel demeure sombre, il bruine et dans ces conditions, nous hésitons à partir pour une étape de 26km au milieu des icebergs, sans aucun arrêt possible. Malgré cela, le camp est démonté puis le temps se lève un peu ce qui nous permet de partir. Durant près de 6h, nous zigzaguons entre les glaçons et les grands icebergs au cours d'une navigation assez agréable se terminant par une belle arrivée à Red Head, à 75°N.

Peu avant, un groupe de narvals, que nous avions d'abord pris pour des morses en les entendant souffler, se dirige vers le nord. Après un accostage facile, le camp de Red Head est bien abrité et parfois utilisé par les chasseurs de narvals venant de Savissivik ou de Kullorssuaq. Paisible soirée au camp avant la visite de Red Head demain.
En montant au-dessus du camp, nous découvrons avec surprise que Red Head n'est plus relié à la calotte de glace. En raison du recul important de celle-ci qui atteint au moins 6km, deux îles ont remplacé le nunatak représenté sur la carte. Nous apprendrons plus tard que cette transformation date d'une dizaine d'années seulement. Les traces de l'extension passée de la calotte sont partout visibles sous la forme de glaciers fossiles qui persistent sur les deux îles mais sont condamnés à disparaître rapidement.

Philippe face au glacier fossile de l'île de Red Head le 30 juillet 2014.

Philippe face au glacier fossile de l'île de Red Head le 30 juillet 2014.

 Glacier fossile devant l'île de Red Head. 30 juillet 2014.

Glacier fossile devant l'île de Red Head - 30 juillet 2014.

 

Nous apprendrons plus tard que cette transformation date d'une dizaine d'années seulement. Les traces de l'extension passée de la calotte sont partout visibles sous la forme de glaciers fossiles qui persistent sur les deux îles mais sont condamnés à disparaître rapidement. Nous avions observé un phénomène identique en 2012 près de Kullorssuaq où le nunatak Hovgard Kystland est devenu une île. La journée est consacrée à une longue visite de la nouvelle île, avec des vues superbes sur les glaciers et la calotte. Malheureusement, le ciel demeure gris et le soleil n'a toujours pas daigné se montrer; cela fait tout de même deux semaines que nous ne l'avons pas vu.

Le lendemain, le ciel demeure gris mais sans vent, ni pluie ce que nous considérons comme une journée de beau temps. Aujourd'hui, nous poursuivons vers le nord et Dépôt Øer qui n'est pas très loin. Etape assez facile et agréable malgré un soleil toujours absent. Le camp est très haut, la vue y est splendide mais ne dure pas longtemps car une fois de plus, le brouillard envahit tout.

Cependant, au matin du 1ér août, il se dissipe et laisse passer le soleil pour la première fois depuis 15 jours. Départ pour une longue traversée qui doit nous conduire vers Tugtuligssuaq où nous pensons faire quelques randonnées. Bonne visibilité mais nous devons contourner de nombreux icebergs puis, peu avant l'arrivée, le brash-ice* nous ralentit beaucoup.

Philippet Jean-Marc entre les camps 7 et 8 - 1ér août 2014.

Philippe et Jean-Marc entre les camps 7 et 8 - 1ér août 2014.

Le camp 7 sur Dépot Oer le 1er août 2014.

Le camp 7 sur Dépôt Oer le 1er août 2014.

Journée très longue et fatigante, où nous demeurons près de 7h sans pouvoir quitter les kayaks ce que nos estomacs et nos vessies n'apprécient pas du tout. Nous accostons en titubant sur un petit îlot pour une pause technique urgente avant d'aller camper sur la terre ferme. Des chasseurs Inuits sont installés sur une petite île à proximité; ils guettent le passage des narvals qui remontent vers le nord à cette époque de l'année. Tandis que nous installons le camp, une famille Inuit en route vers Savissivik vient nous rendre visite puis, alors qu'on s'apprête à dîner, c'est au tour de Birgitt de venir causer un peu dans la tente mess. Elle est institutrice à Kullorsuaq, actuellement en vacances de chasse au narval avec un ami de Kullorssuaq et savait que nous étions dans le coin.

2 au 7 août - Glaces, glacier, et seconde île nouvelle

Le 2 août, par beau temps, nous faisons l'ascension du sommet de 420m dominant la partie sud de Tugtuligssuaq. Enfin une agréable journée de marche avec un peu de soleil. Le lendemain matin au réveil, nous découvrons que la glace a envahi la petite baie où nous sommes et que les kayaks sont encerclés. Pour une fois où le ciel était à peu près clair, c'est maintenant la glace qui nous empêche de partir.

Le camp 9 sur la presqu'île Tugtuligssuaq. 3 août 2014.

Le camp 9 sur la presqu'île Tugtuligssuaq - 3 août 2014.

Le départ est donc difficile, et même périlleux, car nous devons tirer les kayaks à pied, puis passer très près des icebergs en suivant un itinéraire qui rallonge pas mal l'étape du jour. Les Inuits qui étaient sur l'île ont du bien rire en voyant que notre camp était le seul endroit pris par la glace ! Après avoir ainsi perdu deux bonnes heures, une navigation tranquille le long de la côte nord de Tugtuligssuaq nous conduit à un agréable pique-nique sur une confortable dalle rocheuse exposée au soleil. C'est le premier déjeuner agréable et ensoleillé depuis le départ d'Upernavik. On croit rêver. Mais comme tous les rêves, celui-ci ne dure pas. La suite sera très difficile au milieu des glaces qui se referment sur notre passage, et même dangereuse au pied des falaises, sans aucun accostage possible.

Béatrice et Marc naviguent entre les camps 8 et 9, le long de la côte de la presqu'île Tugtuligssuaq - 3 août 2014. .

Béatrice et Marc naviguent entre les camps 8 et 9, le long de la côte de la presqu'île Tugtuligssuaq - 3 août 2014.

Philippe et Jean-Marc naviguent le long de la côte de la presqu'île Tugtuligssuaq - 3 août 2014.

Philippe et Jean-Marc naviguent le long de la côte de la presqu'île Tugtuligssuaq - 3 août 2014.

La côte nord de Tugtuligssuaq est inhospitalière et nous sommes contraints de nous arrêter au seul endroit possible précédant le glacier Dietrichson. Le camp est mal commode avec les kayaks qui demeurent proches de l'eau, un portage difficile pour monter le matériel très haut sur un terrain morainique croulant et des travaux de terrassement pour installer les tentes. Rude soirée, mais le site est magnifique et à minuit, le soleil est encore très haut au-dessus de la mer.

Après cette journée, nous partons faire une longue randonnée à pied pour aller voir le glacier Dietrichson situé au nord. Très belle journée sous le soleil et vues superbes sur le front de ce glacier qui a reculé de plus de 9km par rappport à la carte.

Le front du glacier Dietrichson. 4 août 2014.

Le front du glacier Dietrichson - 4 août 2014.

 

 

 

 

 

La baie de Tugtulipaluk - 4 août 2014.

La baie de Tugtulipaluk - 4 août 2014.

Le front du glacier Sverdrup - 4 août 2014.

Le front du glacier Sverdrup - 4 août 2014.

En rentrant au camp, la mer est assez libre et nous avons bon espoir de poursuivre plus au nord demain matin. Grosse déception au matin du 5 août, la glace est revenue durant la nuit et nous ne pouvons bouger d'ici dans aucune direction. Patience, mais le moral faiblit et l'ambiance devient lourde. Le 6 août, la voie est libre vers le sud, mais toujours fermée vers le nord. Il est maintenant clair que les conditions de glace et de temps ne permettent pas d'aller plus loin vers le nord. Nous devons donc revenir vers Kullorssuaq ce qui risque de prendre du temps. Retour donc vers le sud avec un ciel gris mais correct pour naviguer.
Après avoir suivi à nouveau la côte nord de Tugtuligssuaq, nous gagnons le versant nord de Tugtuligssûp qui a beaucoup changé.

Le front de la calotte vue depuis le camp 10 - 7 août 2014.

Le front de la calotte vue depuis le camp 10 - 7 août 2014.

Calotte vue depuis la rando au-dessus du camp 10 - 7 août 2014.

Calotte vue depuis la rando au-dessus du camp 10 - 7 août 2014.

En effet, Tugtuligssûp est maintenant une île et il est facile d'accoster et de monter un camp parfait avec une petite plage de sable pour accoster mais pas d'eau à proximité. Le 7 août, nous partons pour une grande randonnée à pied (9h) afin d'admirer la calotte toute proche et le processus de formation de l'île de Tugtuligssûp, semblable à celui observé à Red Head avec son glacier fossile et ses traces d'une extension récente.

Le brouillard recouvre la mer et la partie basse de la calotte mais, en fin de journée, il se dissipe et laisse voir un somptueux paysage, le plus beau observé depuis notre départ, avec des effets de brume et des lumières magnifiques sur l'inlandsis. Malheureusement, ce sera aussi le dernier.

Le front du glacier Steenstrup sort de la brume. La largeur du glacier atteint 35km. 7 août 2014.

Le front du glacier Steenstrup sort de la brume. La largeur du glacier atteint 35km - 7 août 2014.

Le front du glacier Steenstrup sort de la brume. La largeur du glacier atteint 35km. 7 août 2014.

Le front du glacier Steenstrup sort de la brume. La largeur du glacier atteint 35km - 7 août 2014.

Le front du glacier Steenstrup sort de la brume. La largeur du glacier atteint 35km. 7 août 2014.

Le front du glacier Steenstrup sort de la brume. La largeur du glacier atteint 35km - 7 août 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 au 11 août - Pluie et seconde tempête.

La pluie revient dès le matin. Dans ces conditions, nous partons faire le tour de Tugtuligssûp afin d'établir un camp sur son versant sud. Ce sera donc une petite étape sous la pluie, un camp près de la mer et un dîner sous la tente mess. Le lendemain, les choses ne s'arrangent pas du tout. Pluie, vent de sud-est et beaucoup de glace qui nous barre la route. Repos humide en conséquence. Pluie et vent violent toute la nuit suivante. La tente de Philippe et Jean-Marc est entourée d'eau et ils doivent se lever au milieu de la nuit pour creuser une rigole. Le 10 août au matin, il pleut toujours et après une courte accalmie pour le petit déjeuner, la pluie revient en force pour le reste de la journée. Durant la nuit du 10 au 11 août, une tempête accompagnée d'une forte pluie balaie le camp et se prolonge durant la journée suivante. Les tentes sont heureusement bien étanches et solidement montées. Le vent faiblit un peu dans la soirée ce qui nous permet de remonter la tente mess pour un dîner dans la boue. La galère est totale.

12 au 14 août - Troisième tempête

Au matin du 12 août, la pluie a enfin cessé mais le ciel demeure couvert et il y a toujours pas mal de glace. Dans ces conditions, il paraît difficile de gagner l'île de Red Head à près de 30km et nous allons re mettre le cap sur Dépôt Øer plus proche. Ce sera une longue étape de plus de 6h sans aucune pause, en raison du brash-ice* qui nous ralentit et des icebergs qui obligent à de larges détours, avec une houle importante que deux d'entre nous ne supportent pas. Cette houle rend l'accostage à Dépôt Øer délicat, Philippe et Jean-Marc le réussissent brillamment et leur aide nous permet d'éviter le chavirage. Le camp est monté au même emplacement que lors de notre précédent passage ici et la journée s'achève agréablement. Cependant, vers 1h du matin, le vent se lève et deux heures plus tard, une violente tempête s'abat sur nous.

 

Devant le camp 12 à dépôt Oer - 12 août 2014.

Devant le camp 12 à dépôt Oer - 12 août 2014.

Le camp 12 à Dépôt Oer - 14 août 2014.

Le camp 12 à Dépôt Oer - 14 août 2014.

La tente mess est prestement affalée et les tentes consolidées avec des pierres. La journée du 13 août se passe dans la tente à maintenir les arceaux pour éviter qu'ils soient pliés par le vent. Dehors, on tient à peine debout mais les tentes résistent. Accalmie en soirée et dîner dans la tente mess remontée. Nous apprendrons plus tard que cette tempête a sévi vers le sud jusqu'à Ilulissat, à plus de 800km d'ici, et qu'elle a causé des dégâts à Upernavik et autour d'Uummannaq, où rien de pareil n'avait été vu en été depuis 40 ans. Le matin du 14 août, il n'y a plus de vent et l'on envisage de partir. Cependant, la houle, et surtout un ressac important, conséquence de la tempête de la veille, font courir le risque d'un chavirage au départ. On se contente donc de vérifier le montage des tentes au cas où... et de visiter l'île (vite fait au vu de sa taille).

15 au 17 août - Pluie, brash-ice et quatrième tempête.

La mer est encore agitée, mais le vent est faible malgré un ciel toujours couvert. Embarquement délicat au départ mais Philippe et Jean-Marc nous aident à monter dans le kayak et sautent dans le leur. Il y a encore pas mal de glace et nous devons louvoyer entre les icebergs. Courte étape jusqu'à l'île Niaqarssûp où se trouve, sur le versant sud, une baie peu profonde et bien protégée par une série de récifs. Accostage facile et camp confortable bien qu'éloigné des kayaks.

  Dès le matin suivant, la pluie est de retour. Petite hésitation sur la conduite à tenir mais, une nouvelle fois, le mauvais temps arrive du sud, la pluie se renforce et le vent se lève. Dans la soirée, une nouvelle tempête nous frappe et va durer une grande partie de la nuit; les tentes sont heureusement bien arrimées et bien abritées. Il pleut encore le 17 août au matin mais le vent est faible et nous devons partir car le temps tourne. Après un bref rayon de soleil, les choses se gâtent à nouveau.
Le ciel est sombre, il y a beaucoup de houle, parfois croisée, il faut faire des détours pour éviter la glace et, malgré nos efforts, nous n'avançons guère. Un grand iceberg s'est fracturé peu avant notre passage et la traversée du brash-ice1, épais et secoué par la houle sur une mer noirâtre, est impressionnante. L'ambiance est lourde, angoissante, sinistre.

Coucher de soleil au camp 14 - 17 août 2014.

Coucher de soleil au camp 14 - 17 août 2014.

Coucher de soleil au camp 14 - 17 août 2014.

Coucher de soleil au camp 14 - 17 août 2014.

Nous n'avons hélas aucune photo de cette mémorable journée où nous avons cheminé entre d'immenses icebergs avec près de 2 m de houle, trop concentrés sur les pagaies et soucieux de ne pas nous faire piéger par un glaçon instable. Nous accostons tous bien fatigués dans une baie des îles Jensen voisine de notre camp précédent sur ces îles. En fin de soirée, le soleil fait une brève apparition et, pour la première fois depuis le départ, nous assistons à un joli coucher de soleil qui rougit les icebergs. L'atmosphère demeure chargée de vapeur d'eau ce qui nous vaut un superbe arc-en-ciel en même temps que les colorations du coucher de soleil ce qui est assez rare. Dîner tardif et repos bien mérité.

Marc et Béatrice naviguent dans le brash-ice entre les camps 11 et 12. 12 août 2014.

Marc et Béatrice naviguent dans le brash-ice entre les camps 11 et 12. 12 août 2014.

Il faut se rendre à l'évidence: impossible de naviguer avec un tel vent de face. Retour à terre dans une ambiance tendue avant de remonter le camp au même endroit. Brève éclaircie en fin d'après-midi mais, très vite, le mauvais temps revient en force. Le 20 août, le vent est soutenu avec une pluie forte et continue. Déjeuner dans la tente mess et la galère se poursuit. Enfin, le 21 août, il y a encore de la houle et un peu de vent mais, après trois journées passées ici, il faut partir. Long contournement des îles Jensen par l'ouest pour éviter les glaces bloquant toujours la côte est. Après un arrêt à Garde Øer près du camp précédent, une accalmie permet de gagner la petite île Qamutikavsait où est installé un agréable camp 15.

Au camp 13 - 16 août 2014.

Au camp 13 - 16 août 2014.

 

Lars Jensen joue de la guitare dans sa maison de Kulllorsuaq. 23 août 2014.

Lars Jensen joue de la guitare dans sa maison de Kulllorsuaq - 23 août 2014.

 

L'île Amdrup toute proche est cachée dans le brouillard, tout est trempé mais il n'y a pas de vent. Nous partons vers Björling Øer où nous avions passé une soirée magnifique en 2012. La traversée est facile malgré un ciel bien sombre et le camp est dressé sur Björling Øer. Dans la matinée du lendemain 23 août, nous gagnons Kullorssuaq sous un ciel désespérément couvert.

Dès notre arrivée, nous allons voir Lars Jensen qui nous reçoit avec un ami et sa guitare pour une séance d'imitation de chanteurs désopilante. Puis, grâce à Birgitt dont l'aide nous a été précieuse, notre retour à Upernavik est organisé avec un départ prévu dès le lendemain matin.

24 août - Retour à Upernavik

Il n'y a pas de bateau assez grand à Kullorssuaq pour nous transporter tous les quatre avec les sacs jusqu'à Upernavik. C'est donc à bord de deux embarcations de pêcheurs que nous allons rentrer. Ce voyage va durer sept heures, sous un ciel enfin dégagé, avec une pause technique de quelques minutes seulement. Après un départ de Kullorssuaq assez facile, la traversée de la baie d'Alyson au milieu du brash-ice* est impressionnante. Mais surtout, dès la sortie de la baie, la houle est importante et nos petites barques nous soumettent pendant cinq heures à des chocs répétés qui vont faire de ce retour le moment le plus sévère de tout le voyage.

Nous débarquons complètement fourbus à Upernavik dans la soirée du 24 août, Gina et John viennent nous chercher, c'est fini. Après les formalités d'usage auprès de la Royal Arctic, nous quittons Upernavik en avion le 28 août.

Devant le camp 14 - 21 août 2014.

Epilogue

Au cours de l'été 2014, les conditions climatiques ont été exécrables sur la côte ouest du Groenland. Il a donc été impossible de visiter certaines parties de la baie de Melville, notamment le nunatak de Lille Renland. Nous avons simplement réussi à rejoindre le glacier Dietrichson mais, hormis les randonnées à l'île Tugtuligssûp et à l'île Red Head, les conditions de glace et de temps ne nous ont jamais permis de voir le front de la calotte. Cette situation conduit à se poser la question de savoir si la pratique du kayak dans cette région demeure possible ? En été, le temps était traditionnellement beau au nord du Groenland, aussi bien sur la côte est que sur la côte ouest. C'est ainsi qu'en 2007 et 2009 sur la côte ouest, en 2010 sur la côte est, nous avions bénéficié de conditions parfaites mais, en 2012, la situation s'était dégradée. Qu'en sera-t-il à l'avenir ? L'été 2014 était-il exceptionnel ou présage-t-il d'un changement durable ? Doit-on privilégier la côte est où les conditions ont été bonnes en 2014 ? Autant de questions sans réponses.

Devant le camp 14 - 21 Août 2014.

Devant le camp 14 - 21 août 2014.

Notes

* - Brash-ice: Glaçons flottant sur la mer, de taille décimétrique ou métrique pour les plus importants, provenant de la fracturation des icebergs ou de la dislocation d'une banquise.

** - Alain et Nathalie Antognelli sont un couple de photographes monégasques professionnels. Ils naviguent en kayak autour du Groenland depuis cinq ans et ont effectué plusieurs hivernages sur la côte ouest. On peut les retrouver sur le site: www.phototeam-nature.com

3 - Inlandsis: Glacier de très grande étendue recouvrant la terre ferme; c'est ici la calotte polaire du Groenland.

Marc Breuil, Jean-Marc Daveau, Béatrice de Voogd et Philippe Gillieron ont navigué en baie de Melville du 16 juillet au 28 août 2014.

Carte

MELVILLE 2014