La Géorgie du Sud

Les Pyrénées basques

1 avril 2025

Les Pyrénées basques

1 avril 2025

La  Géorgie  du  Sud
Octobre - Novembre 2008

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J'ai longtemps ignoré l'existence de cette île perdue au coeur des 50èmes hurlants de l'Atlantique Sud, à 800 milles (1) de la côte la plus proche, jusqu'au jour où j'ai découvert le récit de Shackleton sur sa traversée de la Géorgie du Sud, à la fin de l'expédition de l'Endurance. Toute la Géorgie du Sud est contenue dans cette histoire mythique : les grandes montagnes enneigées, les glaciers, la mer, les tempêtes, la chasse à la baleine et une faune extraordinaire. Impossible de ne pas aller voir.   Mais, même au XXIème siècle,  aller en Géorgie du Sud n'est pas si simple.

(1) 1 mille marin représente une distance de 1,852 km.

        Colonie de manchots royaux dans la baie de St-Andrews - 26 octobre 2008

Le fjord Drygalski - 28 octobre 2008.

La Géorgie du Sud

 L'île est très isolée. Les îles Malouines qui forment sa côte la plus proche étant situées 1500km  à l'ouest.
La Géorgie du Sud est un territoire de souveraineté britannique comprenant également les îles Sandwich du Sud. Elle a la forme d'un croissant d'une longueur de 170 km pour une largeur maximale de 40 lm. Depuis la fermeture des stations baleinières en 1964, la Géorgie est presque inhabitée, le seul habitat permanent étant situé au port de Grytviken. Selon les saisons, quelques scientifiques viennent faire des observations sur l'île.

 

 

 

La Géorgie du Sud est très montagneuse avec 11 sommets de plus de 2000m d'altitude, le Mont Paget culminant à 2935m. Plus de la moitié de l'île est couverte de neige permanente et d'importants glaciers qui se jettent dans la mer. Des icebergs de deux sortes sont nombreux autour de la Géorgie du Sud: de grands icebergs tabulaires détachés des plateformes antarctiques qui dérivent vers le nord depuis le mer de Weddell et des icebergs de formes diverses provenant des glaciers géorgiens. Le climat est marqué par la présence de forts vents d'ouest, les célèbres 50èmes hurlants ou rugissants bien connus des navigateurs depuis des siècles. Presque toutes les précipitations ont lieu sous forme de neige, même au bord de la mer.

 

 

Baie de Larsen et icebergs tabulaires – 28 octobre 2008.

Ile Prion - Grand albatros - 3 novembre 2008

 

 

 

La faune de la Géorgie du Sud est extraordinaire, tant par son importance que par sa diversité.

Une population de 30 millions d'oiseaux nicheurs, essentiellement composée d'oiseaux marins occupe l'île.

Les manchots forment de grandes colonies au bord de la mer qui assure leur nourriture. En Géorgie, les 2 grandes colonies de manchots royaux de la plaine de Salisbury et de la baie de St-Andrews comptent chacune plus de 100.000 couples. Le manchot royal '(400.000 couples) et le manchot Papou (100.000 couples) sont les plus nombreux.

La Géorgie du Sud rassemble également des populations de mammifères marins parmi les plus importantes du monde. C'est le cas des otaries de Kerguelen (2 millions durant l'été austral) et des éléphants de mer ( 400.000 viennent en Géorgie pendant l'été austral pour se reproduire ). Ils se rassemblent sur les plages où ils forment des groupes importants.

Baie de St-Andrews - Manchots royaux - 26 octobre 2008.

Cooper Bay - Manchots Papou - 27 octobre 2008.

 

Grytviken - Éléphant de mer femelle reconnaissable à sa couleur claire et à l'absence d'appendice nasal. Celle-ci vient de mettre bas avec son petit à côté - 18 octobre 2008

Husvik - Éléphant de mer mâle reconnaissable à sa taille et son appendice nasal - 25 octobre 2008

 

Un peu d'histoire

Baleinier abandonné dans le port de Grytviken - 18 octobre 2008.

L'histoire de la Géorgie du Sud débute en 1775 lorsqu'elle est découverte par le capitaine Cook au cours de son célèbre second voyage. Il y accoste pour la première fois, prend possession de l'île et lui donne le nom du roi d'Angleterre Georges III. Dès son retour quelques mois plus tard, Cook signale l'abondance des mammifères marins autour de la Géorgie du Sud. Cette nouvelle attire rapidement un nombre important de baleiniers et de phoquiers dont l'intense activité conduit à la disparition de certaines espèces..


 

 

 

C'est ainsi qu'entre 1785 et 1825, 1,2 million d'otaries à fourrure ont été massacrées pour leur peau en Géorgie du Sud. Les populations d'éléphants de mer et de phoques ont également été décimées.

A certaines époques, 6000 éléphants de mer étaient tués chaque année et on faisait bouillir leur graisse dans de larges chaudrons pour en extraire l'huile.

    Ruines de station baleinière sur le port de Grytviken  -   18 octobre 2008.

Installations baleinières abandonnées dans le port de Grytviken. Le bateau amarré sur le quai est le Vaïhéré. 18 octobre 2008.

 

Mais c'est au début du XXème siècle  que les Européens, essentiellement britanniques et norvégiens, prennent conscience des énormes ressources baleinières des mers autour de la Géorgie du Sud. Le norvégien Larsen installe  la station de Grytviken en 1904 et démarre les opérations qui vont conduire à une industrie très lucrative. 4 autres stations employant  plus de 1000 ouvriers furent installées en Géorgie qui devint le premier centre mondial de l'industrie baleinière. Une activité intense régnait alors dans la baie de Grytviken.

 

 

 

Dans le courant des années 20, des navires-usines équipés de canons qui lançaient des harpons munis d'une tête explosive s'installèrent au large de la Géorgie afin d'extraire sur place l'huile des baleines qu'ils tuaient en grand nombre. Le guano qui servait d'engrais et l'huile étaient les principaux produits. Certaines années favorables à la chasse, jusqu'à 40.000 baleines pouvaient être tuées.
Les estimations sur le nombre de baleines exterminées en 60 ans varient entre 500 et 700.000.

 Ces massacres ont entraîné la disparition totale des baleines dans la région et la fermeture des stations en 1964. Depuis cette époque, les populations d'otaries à fourrure et d'éléphants de mer se sont assez bien reconstituées mais les baleines demeurent absentes. Tout espoir n'est cependant pas perdu et quelques baleines ont été revues ces dernières années. Mais les ruines des stations baleinières marquent toujours les paysages autour de  Grytviken.

Canon lance-harpons situé sur les baleiniers des années 1920. Le harpon était muni d'une charge explosive - Grytviken, octobre 2008.

 

 

L'accès

 

Aller en Géorgie du Sud est assez compliqué et en revenir l'est tout autant. Ici plus qu'ailleurs, un voyage est parfois parsemé d'imprévus ; mieux vaut donc éviter un rendez-vous important le jour prévu de votre retour en France.

Il n'y a pas de piste d'atterrissage sur l'île et tout accès aérien est donc impossible. De plus, il n'existe pas de ligne maritime régulière desservant la Géorgie du Sud. Il faut donc disposer d'un bateau. Ayant exclu le bateau de croisière , il ne reste plus que le voilier.

 

 

Quart sur le Vaïhéré durant le retour de Géorgie du Sud - 17 Novembre 2008

 

 Le Vaïhéré dans le fjord Drygalski - 28 octobre 2008

 

 

Les choses commencent à se compliquer car les îles Malouines sont situées à 800 milles (1) de la Géorgie. Il faut donc effectuer une navigation de 1600 milles sur les mers les plus difficiles du monde pour aller en Géorgie du Sud et en revenir. Dans ces conditions, un solide voilier barré par un skipper expérimenté connaissant bien la zone est  indispensable. C'est ainsi que nous avons gagné la Géorgie avec la goélette Vaïhéré barrée par Eric Dupuis avec 2 assistants qui se relayaient jour et nuit. Nous étions seulement 10 passagers et assurions les quarts.

Le carnet de route

Nous partons faire un séjour printanier au bord de la mer mais n'oublions pas que les 50èmes hurlants et la Géorgie du Sud n'ont rien à voir avec les côtes bretonnes ou provençales. La veste coupe-vent étanche avec capuchon, les moufles, les chaussettes et le pantalon chauds ainsi que les chaussures de marche seront plus utiles que le maillot de bain et les sandales de plage. Nous sommes prêts et dans la soirée du 8 octobre nous embarquons sur le vol direct Paris-Santiago.

Baie de Larsen – 28 octobre 2008.

De la France aux îles Malouines
8 au 13 octobre

Le vol dure 16h et l'arrivée matinale à Santiago est un peu difficile, surtout quand on découvre que la compagnie aérienne a oublié nos bagages à Paris. 24h de démarches ne suffisent pas à les récupérer et c'est sans nos sacs que nous prenons l'avion pour Punta Arenas le 10 octobre. Le lendemain matin, par chance (il en faut bien un peu de temps en temps) nous trouvons un magasin qui nous vend les vêtements nécessaires à un séjour en Géorgie. La patronne nous embrasse et nous fait un cadeau, tout s'arrange !
Le 12 octobre, un dernier avion nous conduit à Port Stanley et nous rejoignons le port où le Vaïhéré  est accosté. Avec ses 2 mâts et ses 23m de long, il a fière allure et ,
en partant visiter Port Stanley, nous envisageons sereinement la difficile traversée qui nous attend.
Port Stanley est la capitale des îles Malouines ( Falkland Islands pour les Anglais ). Avec son petit port, ses pubs, sa circulation à gauche et ses maisons bien alignées, c'est un petit morceau d'Angleterre perdu dans l'Atlantique Sud. Bâtiments militaires, imposant monument aux morts, photographies et récits du conflit, tout ici rappelle la guerre de 1982.

 

 

 

Manchot royal et otarie - Baie des St-Andrews - 26 octobre 2008.

Vue depuis le Vaïhéré en approchant de la côte nord de la Géorgie - 17 octobre 2008

 

 

Des îles Malouines à la Géorgie du Sud

13 au 17 octobre

Tôt le matin du 13 octobre, le VaÏhéré largue ses amarres, quitte le port et met le cap à l'est. De nombreux oiseaux nous accompagnent, pétrels, damiers du Cap avec leurs ailes tachetées, albatros et bien d'autres tandis que plusieurs dauphins nous entourent. Dans l'après-midi du 3ème jour, les choses se gâtent, le vent forcit, les rafales dépassent 50 noeuds (2),  la mer se creuse et le harnais devient obligatoire lorsque nous sommes de quart. La tempête se calme au matin du 4ème jour quand survient un événement très attendu : le premier iceberg.

 (2)     1 noeud correspond à une vitesse de 1 mille /heure et 50 nds sont donc égaux à 92 km/h.

 

 

 

Nous verrons bien d'autres icebergs et le 5ème jour, les côtes géorgiennes apparaissent en fin de matinée. L'arrivée en vue de la Géorgie, petit morceau des Alpes perdu au milieu de l'océan nous offre un spectacle somptueux. Nous arrivons par la côte nord et une chaîne de montagnes donne naissance à de vastes glaciers crevassés qui atteignent la mer en libérant de grands icebergs. Ce mélange de hautes montagnes, de mer et de glace crée des paysages magiques.

Le 17 octobre en fin de journée, le Vaïhéré pénètre dans la rade de Grytviken et accoste. La nuit tombe et nous sommes en Géorgie du Sud.

Iceberg et front de glacier sur la côte nord de la Géorgie - 17 octobre 2008

                         Otarie

 

                           Couple d'albatros à bec jaune

La tombe de Shackleton à Grytviken

Grytviken et les station s baleinières

18 et 19 octobre

Grytviken, capitale de la Géorgie, est le point d'entrée obligatoire de tous les visiteurs du territoire et le seul lieu d'habitat permanent de l'île. On y trouve le service de contrôle du port, la résidence de l'administrateur, un bureau de poste, la station météo, un intéressant musée et la tombe de Shackleton.

Lorsque l'on débarque à Grytviken pour la première fois, apparaît une ville fantôme formée par les ruines de la station baleinière. Hangars effondrés, chaudières métalliques rouillées, cheminées d'usines couchées sur le sol, câbles enchevêtrés, poulies, rails démontés, palans et treuils de toutes sortes, habitations aux toits effondrés s'étendent sur une quinzaine d'hectares. Ces ruines d'une importante industrie lourde témoignent de l'ampleur de la chasse et du massacre des baleines. J'avais entendu parler de la chasse des baleines mais n'avais mesuré ni son importance ni la taille des usines. Il est très impressionnant de retrouver ici les détails de cette terrible histoire. Voir le petit abrégé ci-dessus.

La journée du 18 octobre est consacrée aux formalités et à la visite du site. Nous observons nos premiers éléphants de mer et demeurons béats devant les femelles mettant bas au milieu des pétrels qui se bousculent pour dévorer le placenta.

 


Maiviken - Husvik - Stromness

20 au 25 octobre

Départ matinal de Grytviken et, peu après la sortie de la rade, nous avons la chance de voir des orques qui entourent le Vaïhéré pendant un long moment. C'est un spectacle rare de voir d'aussi près ces prédateurs noirs de 9m de long avec leur aileron dorsal et leurs taches blanches sur le ventre. Débarquement à Maiviken pour faire connaissance avec notre première manchotière occupée par quelques centaines de manchots Papou.

Après cette visite, une navigation dans le brouillard au milieu des icebergs nous permet de mouiller dans la baie d'Husvik. Les éléphants de mer sont très nombreux sur les plages des alentours et une station biologique de l'université écossaise de St-Andrews est installée ici afin de les étudier.

 

La plage d'Husvik est occupée par les femelles de couleur claire et les pups noirs. Husvik, 22 /10/2008 .

 

Éléphant de mer femelle dans la baie d'Husvik 22 octobre 2008.

 

Une visite aux scientifiques de cette station nous apprend beaucoup de choses très intéressantes sur les éléphants de mer dont voici un petit résumé.

En octobre et novembre, ils sont allongés paresseusement sur les plages où ils sont organisés en harems! On y voit de nombbreuses femelles reconnaissables à leur petite taille ( elles ne pèsent que 4 à 500 kg ), à leur couleur assez claire et à la forme de leur tête dépourvue d'appendice nasal. Elles nourrissent leur petit qui vient de naître. ( le pup ).

A proximité des femelles se trouve toujours un mâle beaucoup plus gros ( il pèse de 2 à 3,5 t ), une couleur plus sombre que les femelles et une trompe nasale très développée. Ce mâle surveille les femelles et empêche les autres mâles ( surtout les jeunes ) de venir courtiser les filles !

 

 

Si un audacieux s'y risque, il est immédiatement chassé. S'il insiste, un combat féroce s'engage et se termine par le succès d'un des deux mâles et la fuite de l'autre. Le vainqueur devient le nouveau chef du harem et les deux protagonistes terminent la journée avec du sang et de profondes blessures sur tout le corps.

Les femelles allaitent le pup pendant 3 à 4 semaines seulement puis l'abandonne sur la plage. Au cours de cette période, le mâle chef du harem leur rend des « visites intimes » qui paraissent brèves et violentes aux spectateurs que nous sommes !

Après quelques jours de jeûne, le pup abandonné par sa mère part se nourrir en mer malgré son ignorance de la pêche. Les femelles reviendront dans un an pour donner naissance à un autre petit pup.

Plages d'Husvik. Femelles d'éléphant de mer de couleur claire avec leurs pups noirs - 23 octobre 2008.

Éléphant de mer mâle. Remarquer ses traces de blessures et son appendice nasal - Baie d'Husvik - 23 octobre 2008.

 

Pour étudier les déplacements des éléphants de mer, on colle sur leur tête un petit appareil qui mesure la profondeur à laquelle ils descendent et détermine en permanence leur position à l'aide d'un système GPS. Les données sont transmises par un émetteur radio. On apprend ainsi qu'ils atteignent des profondeurs de 2000m et peuvent rester 2h sous l'eau. Ils ne se déplacent pas au hasard mais suivent certaines routes précises à une vitesse de 50km/jour.

Après avoir passé beaucoup de temps avec les éléphants de mer, nous partons à pied le 23 octobre pour une balade dans la baie d'Husvik. Après avoir franchi un petit col, on descend dans la baie de Stromness où se trouve une station baleinière en ruines. C'est ici que le 20 mai 1916, Shackleton et ses 2 compagnons Frank Worslay et Thomas Creen sont arrivés dans la maison du directeur de la station baleinière pour chercher du secours. La maison a été préservée de la ruine et elle est toujours en place. Une plaque commémore cet événement.

La baie de St Andrews
26 octobre

En arrivant à la baie de St-Andrews, le Mont Paget, point culminant de la Géorgie à 2935m -         26 octobre 2008

Le 26 octobre, le ciel est clair et la météo prévoit 3 jours de beau temps. Il faut en profiter pour aller vers le sud. Départ d'Husvik au milieu des icebergs éclairés par le soleil et arrivée à la mi-journée dans la baie de Saint-Andrews.

Cette baie est un émerveillement total. Elle représente la beauté absolue et nous demeurons figés et muets devant le spectacle de cette baie extraordinaire, des montagnes enneigées, des lacs, des glaciers, de la mer et de cette vie grouillante puisque 200.000 couples de manchots royaux y sont installés en permanence sans compter les centaines d'éléphants de mer, otaries, pétrels et autres oiseaux.

Baie de St-Andrews - Manchots royaux et éléphants de mer sur la plage, icebergs dans la baie          26 octobre 2008.

Le manchot royal est, après son cousin empereur, le second manchot par la taille ( 90cm ) et le poids ( 10 à 17 kg ). Comme tous les manchots, il possède un plumage noir sur le dos et blanc sur le devant du corps, il est inapte au vol et se nourrit exclusivement en mer. Le manchot royal a une tache orange vif sur les oreilles et la mandibule tandis que la partie blanche du plumage vire au jaune vers le haut.
Ils vivent en grandes colonies qui sont occupées toute l'année et ne font pas de nids. Les petits naissent au printemps et sont nourris par leurs parents qui regurgitent le produit de leur pêche.
Ils atteignent le poids d'un adulte en deux mois et sont alors recouverts d'un duvet marron qui les empêche d'aller dans l'eau. Au cours de l'hiver qui suit, ils perdent du poids par manque de nourriture. Le printemps suivant, les parents les nourrissent à nouveau, ils regagnent du poids, perdent leur duvet et deviennent autonomes vers l'âge de 13 à 14 mois.
 

 

 

Baie de St-Andrews - Manchots royaux sur la glace -              26 octobre 2008.

Baie de St-Andrews - Colonie de manchots royaux - 26 octobre 2008.

Nous passons plusieurs heures entourés de manchots pas du tout farouches qui viennent parfois vers nous, paraissant curieux de rencontrer une espèce rare qu'ils ne connaissent pas. Nous regagnons le bateau à regret, car il faut profiter du beau temps pour visiter le sud.

Cooper Bay – Manchot Gorfou – 27 octobre 2008.

Cooper Bay – Otarie – 27 octobre 2008.

Cooper Bay, Fjord Drygalski, Cobbler Cove

27 au 29 octobre

Cap au sud et nous débarquons à Cooper Bay où la plage est couverte d'otaries tandis que des manchots Gorfou occupent une petite colonie un peu au-dessus de la mer. Plus petits que les manchots royaux, ils possèdent des aigrettes dorées se rejoignant au-dessus de la tête. Un peu plus loin, une importante colonie de manchots Papou est située sur une colline à plus de 200m d'altitude ce qui est rare chez les manchots qui s'installent le plus souvent près de la mer qui les nourrit.
Ces manchots alpinistes doivent gravir une longue pente raide et enneigée afin de rejoindre leurs foyers quand ils sortent de l'eau au retour de la pêche. Ils glissent, se relèvent, mangent un peu de neige et repartent. Certains descendent en glissant de haut en bas pour aller pêcher ou pour accueillir leur moitié qui revient de la pêche à la nage. Spectacle superbe et hilarant.

 

 

Iceberg à l'entrée du fjord Drygalski - 28 octobre 20008.

Dans le fjord Drygalski - 28 octobre 2008.

 

 

Le lendemain, départ de Cooper Bay pour le sud de la Géorgie. Magnifique navigation sous le soleil le long d'une côte de hautes montagnes et de grands glaciers avec des icebergs tabulaires provenant de l'Antarctique. Nous pénétrons dans le superbe fjord Drygalski et le bateau mouille à l'entrée de la baie de Larsen. Longue et somptueuse visite en Zodiac du fjord Drygalski jusqu'au fond de ce fjord où se jette un grand glacier.
Plusieurs phoques de Weddell se prélassent au soleil. Après le fjord Drygalski, le bateau pénètre dans l'étroite calanque de la baie de Larsen avant un second mouillage pour visiter le fond de la baie. Magnifique !

 

 


Il faut hélas repartir car la route est longue pour revenir sur la côte nord et le mauvais temps est annoncé pour le 30 dès le matin.

Nous passons la nuit du 28 à Océan Harbour et le 29 est consacré à la visite du sitede Cobblers Cove au fond d'une petite baie presque complètement fermée. Randonnée entre les pétrels qui nichent ici et une petite colonie de manchots Gortou. La journée se termine à Prins Olav Harbour qui est une baie très abritée pour affonter la tempête annoncée.

          Le Vaïhéré au mouillage à Cobblers Cove                    28 octobre 2008.

Prins Olav Harbour - Cormorans aux yeux bleus -                         1er novembre 2008.

Prins Olav Harbour

30 octobre au 2 novembre

2 jours se passent sous la pluie et le vent à bord du Vaïhéré puis, profitant d'une éclaircie, départ à pied au fond de la baie au milieu de nombreux cormorans avec les yeux cerclés de bleu. Nouvelle randonnée le lendemain sous le vent et le grésil, cette fois sur les plages où les otaries sont très nombreuses à cette saison. Ce sont des mâles de 2m de long pesant 200kg qui se déplacent en faisant des bonds vers l'avant et en s'appuyant sur leurs membres postérieurs. Ils attendent l'arrivée des femelles qui viennent mettre bas à la fin du printemps avant de s'accoupler une semaine plus tard. A partir de la mi-novembre, il y a tellement d'otaries mâles sur les plages que l'on ne peut accoster «que si les otaries le permettent» !

 

 

Ile Prion, Salisbury, Possession Bay

3 Novembre

Malgré le vent de face, le brouillard et la neige, le skipper décide de quitter provisoirement ( 3 novembre ) notre refuge pour aller visiter la petite île Prion. Sur le pont, nous faisons le quart sous la neige avec un masque de ski, mais en fin de matinée, le soleil se lève sur Prion qui est un lieu de nidification des grands albatros. Afin de ne pas les déranger, nous suivons une piste en bois aménagée permettant de voir les oiseaux sans approcher des nids. En raison de leur poids élevé et malgré une envergure de 3,5m, les albatros ne peuvent pas décoller du sol presque verticalement à l'image d'une hirondelle ou d'un hélicoptère. Ils doivent courir très vite sur le sol comme un avion et s'élancer depuis le haut d'une pente.

Observation et attente de l'autorisation de décollage .                                        3 novembre 2008.

Allumage des moteurs - 3 novembre 2008

Accélération maximale sur la piste, ailes déployées                             3 novembre 2008

Décollage - 3 novembre 2008.

                           En plein vol

 

 

 

Après le décollage des albatros de Prion, nous regagnons le Vaïhéré pour traverser la Baie des Isles et aller voir la grande manchotiére de la plaine de Salisbury toute proche. Mais la houle est trop importante pour que le bateau puisse accoster et c'est de loin que nous regardons les dizaines de milliers de manchots royaux de la plaine de Salibury.

Front de glacier dans Possession Bay - 3 novembre 2008.

Front de glacier dans Possession Bay - 3 novembre 2008.

 

 

La journée se poursuit par une visite complète de Possession Bay sous le soleil retrouvé. C'est dans cette baie où plusieurs glaciers rejoignent la mer que James Cook a débarqué en 1775 et a pris possession de la Géorgie du Sud. Retour dans la soirée à notre mouillage de Prins Olav.
Merci à notre skipper d'avoir bien anticipé le temps et d'avoir conduit  le bateau à Prion, Salisbury et Possession pour cette belle journée malgré des conditions difficiles.

Prins Olav Harbour

4 au 10 novembre

 

L'organisation de crèches pour les petits est l'un des traits les plus originaux du mode de vie des manchots.
Pendant que les parents vont pêcher, la colonie organise des crèches pour garder les petits et les protéger des prédateurs. On voit ainsi des rassemblements de plusieurs centaines, et parfois plusieurs milliers, de poussins entourés d'adultes qui les surveillent pendant que leurs parents sont allés faire quelques courses à l'épicerie !
Au retour, les parents localisent leurs petits au son. Les poussins apprennent à reconnaître les intonations caractéristiques des voix de leurs parents et leur répondent par un sifflet particulier. Le plus incroyable est qu'ils parviennent à se retrouver parmi des milliers d'autres manchots d'apparence semblable.

 

Beckmann - Crèche de la manchotière - 4 novembre 2008. Remarquer les adultes au plumage blanc ou noir bien visibles au milieu des petits pour les surveiller et les protéger.

  

A partir du 4 novembre, le temps devient mauvais et dès le lendemain, la météo est désastreuse : pression au-dessous de 960hP,, creux de 12m, vent de 80 nds. Le skipper décide très sagement de reporter le départ pour les Malouines prévu le 6 ou le 7 novembre. Hormis de courtes sorties entre deux coups de vent, nous restons à bord du Vaïhéré où les tables volent bien que notre mouillage soit très protégé.
Malgré ces conditions difficiles, un peu d'audace et beaucoup de chance nous ont permis d'effectuer une randonnée de quelques heures dans la baie voisine de Beckmann. C'est ainsi que le 4 novembre, sous un vent raisonnable et sur une neige peu épaisse, nous partons à pied vers l'ouest. Après une montée facile, on atteint la crête qui domine la baie Beckmann et les îles Prion.

Manchotière de Beckmann - 4 novembre 2008.

Manchotière de Beckmann - 4 novembre 2008.

 

 

Une descente dans la neige nous conduit à la manchotière de la baie Beckmann et à sa crèche. Nous passons deux heures de pur bonheur devant la crèche sans comprendre comment les manchots parviennent à retrouver leurs petits, perdus au milieu de milliers d'autres petits, tous identiques. Retour au Vaïhéré sous le vent et le grésil. Superbe journée de découverte de la crèche d'une manchotière que nous connaissions sans l'avoir jamais vue.

Right Whale Bay,  Elsehul

11 au 15 novembre

Nous quittons notre mouillage de Prins Olav avec la pluie, 40 nds de vent, 3m de houle et une accalmie annoncée. Harnais et équipements de grand froid sont de rigueur sur le pont. Arrivés dans la baie de Right Whale, miracle. Le temps se calme, nous sommes abrités, une grande manchotière nous attend et nous parvenons à accoster. 3 heures superbes au milieu de centaines d'otaries et de dizaines de milliers de manchots royaux.

Elsehul - Albatros à sourcils noirs - 12 novembre 2008.

Retour sur le bateau juste avant la nuit. Mauvais temps le lendemain mais on part quand même à Elsehul où l'on découvre une grande colonie d'albatros à sourcils noirs qui sont très beaux. Retour à un mouillage sûr pour affronter l'ultime tempête prévue pour les 2 jours à venir. Le 14 novembre, les pressions remontent et le retour vers les Malouines est décidé avec une semaine de retard.

 

 

 

 

Manchotière de Beckmann - 4 novembre 2008.

Le retour vers les Malouines

15 au 19 novembre.

Ce retour sera plus difficile que l'aller à cause de l'état de la mer, conséquence des tempêtes précédentes. Pendant 2 jours et 3 nuits, il était à peu près impossible de se maintenir debout en raison de la houle. L'habillage et le déshabillage avant et après les quarts constituaient une épreuve longue et difficile sans compter les risques de chute à l'intérieur du bateau et le mal de mer pour celles et ceux qui en souffrent.

Tout finit par s'arranger et l'arrivée à Port Stanley sera tranquille.Le voyage en Géorgie du Sud s'achève ici même si certains ont convoyé le Vaïhéré jusqu'à Ushuaia, histoire de prolonger en Patagonie les émotions géorgienne

La mer, la glace, les manchots, toute la Géorgie du Sud