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La Traversée Ayr Lake - Gibbs Fjord
Avril - Mai 2003
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Après avoir visité la partie est de la Terre de Baffin autour de la péninsule de Cumberland, nous sommes partis cette année dans la région des fjords situés à l'ouest de Clyde River. Ces fjords sont connus pour les grandes parois verticales (les big wall) qui les dominent. Au cours des dernières années, des ascensions de grande envergure y ont été réalisées ainsi que des sauts en chute libre (base jump) et des descentes de couloirs à skis. La traversée de Ayr Lake à Clark Fjord a été réalisée en autonomie complète à skis avec pulka, par une équipe de 4 personnes, au printemps 2003.

Sam Ford Fjord et versant est du Broad Peak (1750m) au centre et des aiguilles du Belvédère (1450m) à droite. 23 avril 2003.
Accès et matériel
Toute la région située autour du Sam Ford Fjord et de Sillem Island peut être rejointe depuis le village de Clyde River. Celui-ci, comme tous les villages Inuits de l'île de Baffin, est desservi deux ou trois fois par semaine par une ligne aérienne régulière au départ d'Ottawa, avec une escale à Iqaluit, capitale du Nunavut.
A Clyde River, on peut acheter de l'essence pour les réchauds et trouver un pourvoyeur pour se faire déposer ou reprendre en motoneige autour des fjords. Les ours sont bien présents ici; nous avons vu cette année de nombreuses traces très fraîches sur Gibbs fjord. Voir aussi les récits de nos voyages de 2005 et 2006. A Clyde River, on peut louer un fusil et un chien qui montera la garde pendant la nuit. Il tire une petite luge contenant sa nourriture constituée de croquettes sèches que l'on peut acheter sur place. L'ensemble de notre matériel était classique et a été acheminé par avion jusqu'à Clyde River.
Depuis la France, nous avons contacté Lévi Palituq qui dirige une petite agence de tourisme à Clyde River. Lévi a assuré notre transport en motoneige jusqu'à Ayr Lake et nous a repris sur le fjord de Gibbs 4 semaines plus tard. Il nous a aussi loué une radio et un chien.
Cartographie et orientation
Les cartes canadiennes au 1/250.000ème couvrent toute la région. Elles sont de bonne qualité et suffisantes pour se déplacer sur les fjords. Feuilles «Clyde River» et «Conn Lake». Cependant leur échelle ne permet pas de déterminer un itinéraire avec précision en dehors des fjords. Il existe pour cela de très bonnes cartes au 1/50.000ème. Se renseigner sur le site Internet. Il existe aussi d'excellentes photographies aériennes que l'on peut se procurer sur le site : www.photosaeriennes.rncan.gc.ca. Ces photos permettent de repérer les zones crevassées et ne comportent évidemment aucune erreur.
Le carnet de route
11 et 12 avril - Clyde River
Nous arrivons à Clyde River le 11 avril sous un ciel clair et sommes accueillis à l'aéroport par Lévi Palituq. Après avoir discuté quelques détails de nos préparatifs avec lui, nous achetons de l'essence pour les réchauds et partons dîner et dormir. Le jour suivant est occupé par les derniers préparatifs. Le joint d'une bouteille d'essence doit être changé, les chaussures de Gaston sont trop grandes et ses fixations trop petites, le chien loué par Lévi est malade, divers petits soucis sont ainsi réglés. Rien de grave, Lévi nous confie sa magnifique chienne chef de meute qui n'a que deux ans et s'appelle Muguari. Tout s'arrange, nous sommes prêts
13 au 15 avril - Ayr Lake
Le 13 avril au matin, deux grands traîneaux sont chargés et les motoneiges démarrent sous la conduite de Lévi et de son ami Jack avec deux jeunes Inuits d'une douzaine d'années comme passagers. La distance à parcourir jusqu'à Ayr Lake est d'environ 70km. Il fait beau et, malgré notre inaction sur les traîneaux, nous ne souffrons pas du froid. Après 3h½ de motoneige entrecoupées par deux pauses café bienvenues, nous parvenons sur la rive gauche d'Ayr Lake, à hauteur du col d'Ayr qui permet de rejoindre Eglinton Fjord. Après un échange de poignées de main avec Lévi et Jack, les motoneiges s'éloignent sur le lac gelé. Des traces d'ours mettent l'ambiance, nous sommes seuls pour 4 semaines.
Le déjeuner terminé, nous entamons une rude grimpette avec les pulkas
Le déjeuner terminé, nous entamons une rude grimpette avec les pulkas chargées, pour installer le premier camp sous le col d'Ayr, à 150m au-dessus du lac. La nuit a été froide (-31°), il fait très beau, le col d'Ayr est facilement rejoint mais une mauvaise surprise nous y attend.
La descente sur Eglinton Fjord n'est qu'un vaste enchevêtrement de blocs de rochers déneigés qu'il sera impossible de franchir avec la chienne, sa luge et les pulkas chargées; ces détails n'apparaissent évidemment pas sur la carte au 1/250.000ème. Pour gagner Eglinton Fjord, nous allons donc être obligés d'emprunter la vallée située à l'est du col d'Ayr, ce qui va rallonger notre route d'au moins 3 jours.
Le 15 avril, nous regagnons Ayr Lake et suivons la côte vers l'est pendant 4km afin de gagner l'entrée de la seconde vallée conduisant à Eglinton Fjord. Après une montée courte mais raide, le camp est monté vers 300m d'altitude.
16 au 19 avril - Eglinton Fjord
L'accès à Eglinton Fjord par cette vallée est facile et le camp est établi au bord du fjord dans la soirée du 16 avril. Deux longues étapes permettent de gagner l'extrémité du fjord où un camp est dressé sous le soleil dans la soirée du 18 avril. Le jour suivant, grand beau temps sans vent. Les pulkas sont laissées sous la garde de Muguari et nous partons explorer la vallée qui s'ouvre vers le sud.
Venant d'Ayr Lake, nous aurions pu arriver ici en suivant cette vallée qui est un étroit défilé entre d'impressionnantes parois de gneiss. Retour aux pulkas sous les cris de joie de Muguari, avant d'attaquer la petite montée conduisant au Revoir Pass. Très beau camp face à Eglinton Tower qui devient rose, puis rouge, sous un magnifique coucher de soleil. Muguari tire sa luge sans aucun problème.
Tous les soirs, nous lui donnons sa ration de croquettes qu'elle dévore en peu de temps. Elle suce la neige pour avoir de l'eau et dort roulée en boule en se protégeant l'extrémité du nez sous la queue. Dans la journée, elle est enchaînée à une pulka et le soir, nous fixons une broche à glace pour l'attacher car, les premiers jours, il ne faut pas qu'elle se sauve, sinon nous ne la reverrons pas.
20 au 22 avril - Revoir Pass et Glacier Utinatuk
Revoir Pass est traversé sous le soleil, dans la journée du 20 avril, malgré le manque de neige qui nous oblige à louvoyer entre les cailloux. Parvenus en vue de Swiss Bay, le camp 7 est dressé et, comme convenu, nous envoyons un message radio à Lévi. Tout va bien. Laissant une nouvelle fois les pulkas sous la garde de Muguari, nous quittons les tentes le matin suivant pour aller visiter le glacier Utinatuk que l'on remonte vers le sud pendant 6km avant de suivre vers l'ouest son affluent rive gauche. On découvre ainsi, vers 600m d'altitude, un très beau panorama sur le Sam Ford Fjord.
Grosse émotion au retour car nous voyons de loin, un animal autour du camp. Un loup ? un caribou ? un chien ? un ours ? En fait, c'est Muguari qui a réussi à se défaire de la broche à glace qui l'ancrait au sol. Elle a mangé le kilo de viande qui était dans la pulka de Béatrice et a planté ses crocs dans divers sacs, sans rien manger car elle n'aime que la viande.
Elle vomit, nous ne la plaignons pas, et se sauve loin, de l'autre côté de la baie quand on tente de l'approcher; elle a sans doute peur de se faire punir. Le dîner est préparé et, très drôle, elle revient se coucher exactement à l'endroit qu'elle occupait la nuit précédente. On la récupère en se promettant de mieux l'attacher à l'avenir.

Camp sur le Sam Ford Fjord près de Swiss Bay. Au fond, la vallée conduisant à Revoir Pass. 23 avril 2003
Arrivant à Swiss Bay le jour suivant, des morceaux de glace chaotique sont empilés les uns sur les autres. Nous les traversons sans trop de difficultés mais Muguari n'aime pas du tout marcher sur la glace et il faut la tirer pour la faire avancer. Camp sur le fjord, près de Swiss Bay.
23 au 25 avril - Swiss Bay, le Sam Ford Fjord et Kigut Peak

Béatrice et Marc G. sur le Sam Ford Fjord. Versant est du Broad Peak (1750m, à G) et des aiguilles du Belvédère (1450m, à D). 23 avril 2003.
Grand beau temps dans le cadre exceptionnel du Sam Ford Fjord que nous découvrons tous pour la première fois. Aussi, une journée tranquille est prévue sur le fjord pour admirer le site. Pique-nique au soleil, nombreuses photos, coucher de soleil sur la face ouest de Paalik Peak et camp au milieu du fjord, au pied des 1700m de la face est du Broad Peak.
Que demander de plus ? Le lendemain de cette journée mémorable, le réveil est un peu tardif car il a fait -24° dans la nuit et le soleil se fait attendre, à l'ombre des immenses parois qui surplombent le camp. Grande balade avec Muguari, mais sans les pulkas, dans la partie sud du Sam Ford, avant de revenir vers les tentes puis de gagner les environs de Swiss Bay pour dresser le camp.
Le jour suivant, 25 avril, laissant les pulkas sous la garde de Muguari bien attachée, nous remontons le facile vallon qui s'ouvre au-dessus de Swiss Bay jusque vers 500m d'altitude. Là, on oblique peu à peu vers l'ouest puis le sud, pour gagner le sommet du Kigut Peak qui domine le fjord de 900m. Vue somptueuse sur tout le Sam Ford Fjord jusqu'à Walker Arm. A la descente, vers 600m d'altitude, un vallon facile descend vers l'ouest et permet de rejoindre le fjord.
Parvenus sur la mer, nous découvrons un camp occupé par une équipe anglaise qui projette un «base-jump» pour demain depuis le sommet du Kigut Peak. Nous apprendrons par la suite qu'ils ont effectivement sauté ! Les 8km sur le fjord pour revenir au camp de Swiss Bay avec un bon vent de face sont un peu durs, mais la journée a été si belle que nous les avons vite oubliés.
26 au 29 avril - Tempête sur Walker Arm
Après ces trois journées superbes, nous partons vers l'ouest en direction de Walker Arm. Ce 26 avril, il fait chaud (-10°C) et le ciel est couvert. Il est prévu une étape assez courte, car il serait dommage de traverser un endroit aussi grandiose dans le brouillard. En début d'après-midi, le vent est assez fort et le temps se gâte vraiment. Aussi, nous stoppons sur le Sam Ford Fjord et montons les tentes avec soin. Un mur-abri est construit pour la chienne qui se met en boule, le nez sous la queue, et se laisse recouvrir par la neige et le vent. La résistance de ces chiens aux éléments est assez étonnante. Vent assez fort toute la nuit, mais nous dormons tous tranquillement.
Le jour suivant, la visibilité est correcte mais le vent violent nous incite à rester ici. Le mur formé de blocs de neige construit hier soir par Gaston et Marc G. a été crépi et solidifié par le vent et la neige, de sorte que leur tente est bien protégée. Le vent s'étant encore renforcé, nous décidons de construire un mur autour de la seconde tente. Gaston fait de même pour abriter la chienne qui dort en boule, ne bougeant que pour manger ou crotter. Si on l'appelle, elle lève juste une oreille et une paupière. Echec du contact radio avec Lévi. La situation évolue peu le lendemain, avec un vent toujours aussi violent. Nous prenons quelques photos du camp sous le blizzard avec une congère impressionnante entre les deux tentes.
Séquence émotion à 5h du matin la nuit suivante. Tandis que nous dormons tranquillement, la chienne aboie plusieurs fois. Craignant la présence d'un ours, nous nous levons d'un bond et sortons en chaussettes dans la neige. Rien. Nous mettons des bottes et une veste et sortons à nouveau pour examiner la situation. Un gros oiseau noir, sorte de grand corbeau, essaie d'attraper une des croquettes de Muguari qui ne paraît pas du tout décidée à le laisser faire et le fait savoir à tout le monde ! L'oiseau s'enfuit, le calme revient, espérons que Muguari fera autant de bruit si un ours s'approche. Au moment du vrai réveil, le temps est beau, mais le vent toujours aussi violent. Néanmoins, le camp est plié en faisant attention de ne rien laisser s'envoler. On y parvient, et vers midi, c'est le départ pour une quinzaine de km avec le vent dans le dos. Magnifique parcours avec un passage grandiose à la base du couloir du Polar Sun, puis au pied de la Citadelle. Camp sur Walker Arm, à l'entrée de Stewart Valley.

Walker Arm et le massif des Beluga Mountains. A droite, le Polar Sun et son couloir nord. 29 avril 2003.
30 avril au 4 mai - Stewart Valley
Ce dernier jour d'avril, nous cherchons un passage pour accéder à Stewart Valley au milieu d'un immense chaos de blocs morainiques déneigés. Après quelques séances de portage des pulkas, nous parvenons à gagner l'extrémité sud du lac de Stewart Valley où les tentes sont montées. Le ciel demeure couvert, sans vent ce qui permet de progresser dans le fond de Stewart Valley où il y a beaucoup de glace. Comme tous les chiens, Muguari n'aime pas du tout la glace et il faut la tirer pour la faire avancer. Du coup, on la laisse s'échapper, et comme elle nous connaît très bien, elle gambade partout et revient nous voir. C'est vraiment une magnifique chienne. Le camp est dressé près de la moraine qui coupe Stewart Valley. Il est situé à la base de la somptueuse muraille des Sail Peaks qui s'étend sur 8km de long et domine la vallée de Stewart de près de 1500m. Le temps couvert, chaud et triste se maintient le 2 mai.





























